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Le Gouvernement continue de procéder à l’effacement des Français d’Algérie, de leur œuvre et de leur peine, avec une constance dans l’injustice et la méchanceté inégalée depuis l’ère gaullienne. Du moins pouvait-on voir, en De Gaulle ce besoin pathologique dévorant d’exercer à toute heure le Fait du Prince. Tout ce que l’on découvre en Chirac est son obsession à préparer la France  à une future Confédération Euro-islamique en passant sous la fourche d’un traité d’intégration algéro-française. Notre cas est simple : les Pieds-Noirs gênent comme gêne la mémoire de l’Algérie Française, ce pays diligent, constructif et, oui, heureux, qui contraste tant avec ce qu’il est devenu.

 

En août 1993 et en mai 1995, les Pieds-Noirs étaient les grands oubliés des cinquantenaires de la Libération française. Ils le sont toujours. Rien pour les combats d’Italie, rien pour le Débarquement de Provence, rien pour les campagnes de France et d’Allemagne, rien pour nos 20.000 morts et 32.000 blessés de cette ancienne guerre. Il y a quelques mois, l’association Rhin et Danube a fermé ses portes en silence. A la trappe !

 

Il nous restait l’œuvre de nos pionniers et le prix énorme qu’ils ont payé en sueur et en sang pour mettre en valeur les marais et les steppes de l’Algérie. L’annulation illégitime de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 en a pris soin. Rien de positif dans cette œuvre, rien que du colonialisme abusif. A la trappe !

 

Il nous restait encore la revendication de nos disparus – les morts et les enlevés dont nous estimons le chiffre de 20.000 à 25.000 pour les derniers mois de la guerre d’Algérie, dont plus de la moitié après les « accords » d’Evian. Le chiffre ne froissait pas la raison. Interrogeant, autrefois, plusieurs amis, j’avais noté qu’ils pouvaient se souvenir, comme moi, de dix à quinze noms de parents, amis et connaissances assassinés ou disparus entre les mains du FLN. Notre mémoire s’estompe, mais si on invitait un nombre suffisant des nôtres à un tel sondage d’opinion, on retrouverait certainement cette moyenne. Deux ou trois pour cent des centaines de gens que chacun avait connu là-bas rapportés à un million de Pieds-Noirs et vous avez le sens personnel de ces 20.000 à 25.000 disparus.  Le ministre André Santini, ancien Secrétaire d’Etat aux Rapatriés répondait à cette perception en juin 2000 quand il avançait le chiffre de 25.000.

 

Il nous restait donc jusque récemment cette revendication d’un génocide pied-noir. Un rapport de septembre 2006, attribué aux historiens Maurice Faivre et Jean Monneret, et immédiatement commenté à notre détriment par « L’Express » et autres, vient d’en prendre soin. Nous étions des fabulateurs. A la trappe !

 

Il se trouve, toutefois, que ce rapport mandaté par le Quai d’Orsay n’existe pas encore et que Monneret l’a récusé d’avance. Appelons-le donc « Rapport Villepin ».

 

Mais d’où viennent ces chiffres cités par « L’Express » et que vaut la méthodologie d’un dénombrement nominatif de nos disparus, morts ou enlevés ?

 

Le 24 novembre 1964, Louis Joxe, l’artisan sinistre de l’abandon, annonçait le chiffre de 3.018 Français d’Algérie disparus après le « cessez-le-feu » de mars 1962. Nous n’avions vu, alors, dans ce chiffre dérisoire rien d’autre que la volonté du Gouvernement de minimiser son crime. Trente ans plus tard, dans sa thèse, Jean Monneret lui donnait pourtant quelque créance  en l’appuyant par les déclarations de Jean de Broglie et Louis Jeanneney et les données de juillet 1962 de l’Ambassade de France en Algérie, dont celle du 2ème Bureau rattaché à cette Ambassade, tous, bien sûr, d’une objectivité incontestable.

 

Mais voilà que, selon le compte-rendu qu’en donne « L’Express », l’inexistant « Rapport Villepin » aurait révisé ces chiffres. A la hausse, espériez-vous ? Non, à la baisse : 3.490 enlevés après mars 1962, mais 910 libérés, 640 retrouvés vivants, restent 1.940 présumés décédés, soit un tiers de moins de ce que Joxe voulait nous faire accroire en 1964. Bilan établi, clame « L’Express » par un général du 2ème  Bureau en Algérie et par un historien natif d’Algérie, avec l’estampille de l’ANIFOM, Agence Nationale pour l’Indemnisation des Français d’Outre-mer. Que veut-on de plus ?

 

         (A noter que le total de 1.940 inclut 365 victimes pour l’Oranais*, alors que pour les seuls massacres d’Oran du 5 juillet 1962, un consensus s’est formé depuis longtemps parmi les témoins et les enquêteurs, notamment depuis l’énorme travail de Geneviève de Ternant paru aux Editions Gandini, pour accepter un chiffre de 3.000 à 3.500 victimes).

 

 Bref, le chiffre de Louis Joxe est « officialisé » au rabais. Et « L’Express » peut se gausser de ces blagueurs de Pieds-Noirs et de leurs 25.000 disparus. Leur Mémorial des Disparus n’a pas de raison d’être, c’est un monument à l’O.A.S. A la trappe !

 

Qu’avons-nous à répondre ? Malheureusement, en toute honnêteté et bonne conscience, nous avons donné à nos détracteurs un bâton pour nous battre. Essayer de compter les victimes une à une, comme des allumettes, est de la mauvaise science sous guise d’objectivité historique car il est impossible que cette méthode de dénombrement nominatif soit exhaustive et elle ne vaut que ce que valent ses sources. Nous avons fait fausse route en nous y attachant sans souligner suffisamment ses limites et ses vides.

 

Marc Leclair, le fondateur de l’Asfed, l’avait reconnu. Il avait réussi, après un effort de plusieurs années, à établir 3.500 dossiers, en dépit des archives qui lui demeuraient fermées. Dans une interview avec Marc Babronski paru dans « France soir » du 17 avril 1982, il concluait que de meilleurs moyens lui auraient probablement permis de réunir de 5.000 à 6.000 dossiers et qu’à force de vivre avec cette question, il en été arrivé à la certitude que 9.000 Européens, au moins, avaient disparu après le cessez-le-feu. Presque trois fois plus que ses minutieux décomptes.

 

Quand un blédard isolé décide de mourir dans sa ferme, ou qu’une famille entière disparaît sur une route de l’intérieur, que reste-t-il pour confectionner un dossier ? Le Gouvernement qui les a abandonnés ? Les terroristes qui les ont tués ? C’est-à-dire personne.

 

                                                                                                   ... /...

                                                     
                                                                                    André ROSSFELDER
 
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