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Châteaubriant écrivait : « Bonaparte appartenait si fort à la domination absolue, qu’après avoir subi le despotisme de sa personne, il nous fallait subir le despotisme de sa mémoire. »
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| Cette ruelle appréciation me semble convenir fort bien à De Gaulle et même mieux qu’à Napoléon qui s’employa, après les horreurs de la terreur, à recomposer une France en lambeaux. Certes, il ne fut pas sans défauts et si l’Angleterre n’avait pas jeté de l’huile sur le feu, sans doute aurait-il réussi, après son mariage avec Marie-Louise d’Autriche à réconcilier la France avec le reste de l’Europe, et, peut-être vivrions-nous sous sa descendance. Mais ne faisons pas d’Ucronie bien que cette fiction sur le passé soit très à la mode.
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| De Gaulle, lui, est plus que jamais présent par les propos de ceux qui le louangent sans le connaître et par ceux qui l’invoquent comme la statue du Commandeur.
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| C’est pourquoi les ouvrages qui s’appuient sur la vérité des faits, les citations, les témoignages sont indispensables. Pourtant, malgré ces attaques ciblées dans les pieds d’argile de la statue, l’imposteur est toujours debout dans l’imaginaire des Français. Je pense que c’est par paresse, par commodité. Il est plus facile de nager dans le sens du courant que de faire l’effort de s’informer, de juger sur pièce et de comprendre à quel point le monde déliquescent dans lequel nous vivons est tributaire des erreurs de jugement, des actes haineux de ce mégalomane schizophrène.
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Or, à y bien regarder, sur quoi se fonde l’admiration béate du grand homme ? Ses écrits ! Et le bougre écrivait plutôt pas mal. Avec enflure et redondance, mais ça fait de l’effet, surtout pour des gens déterminés à admirer ce qu’on leur a vanté comme admirable.
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| Le malheur est que les mémoires de Charles De Gaulle, c’est de la fiction, pas de l’Histoire. Tout est faux. Il s’approprie les mérites des autres et condamne sans nuance les malheureux qui ont eu le tort d’avoir raison contre lui ou avant lui.
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Et quand je dis condamne, c’est au propre du terme : Chaque fois qu’il l’a pu, il a fait assassiner par ses sicaires ou trucider par juges interposés, juges à sa solde, sans honneur, carriéristes. Il s’en trouve, hélas, de tous temps. Tout comme des militaires prêts à écraser leur chef pour gagner un galon, à l’image de ce chef de l’Etat de 1945 et 1958…
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| Rien n’est plus bouffon que sa diatribe, lorsqu’il affirmait ne pas vouloir, « à son âge », être un tyran, un despote alors qu’il s’était fait voter les pleins pouvoirs et usa jusqu’à la corde (avec laquelle on aurait du le pendre !) cet épouvantable article 16 qui lui permit sous couvert de cette fausse légalité les pires abominations !
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Mais qui le sait ? Quel jeune sait même ce qu’est cet article 16 ?
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Les jeunes générations demandent quelque fois le « Droit à l’oubli ». Croient-ils que c’est par plaisir que nous ressassons nos douloureux souvenirs ? Nous ne sommes point masochistes ! Nous voudrions bien oublier mais il faut d’abord qu’on ne soit pas attaqué par ceux qui font de la mémoire falsifiée leur brouet préféré.
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Il n’est pas facile de s’élever à la hauteur de vue d’Henry IV décrétant : « que la mémoire de toutes choses passées (…) demeurera éteinte et assoupie comme de choses non advenues. »
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Napoléon l’a tenté en laissant revenir en France une partie des nobles exilés, une fraction du clergé. Mais son crime majeur reste l’assassinat du Duc d’Enghien.
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De Gaulle n’a jamais rien pardonné à personne : Il s’est même offert le luxe de s’égaler à Dieu en faisant de Bastien Thiry un martyr, ce sont ces propres mots. Excusez du peu !
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Nous pouvons, à juste raison parodier Châteaubriant : « De Gaulle appartenait si fort à la domination absolue qu’il nous faut encore subir le despotisme de la falsification louangeuse de sa mémoire. »
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