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Organisation factieuse, subversive, criminelle, fasciste. Les qualificatifs officiels semblaient encore trop modérés à l’archevêque d’Alger qui, avec une mansuétude toute chrétienne, va lancer la malédiction suprême en accusant l’O.A.S. d’être une organisation néo-nazie…

  

Cardinal Léon DUVAL,  Archevêque d'Alger
 
La mise en perspective historique de l’aventure l’O.A.S., avec un demi-siècle de recul, fait revenir à la lumière d’une exceptionnelle période de péripéties, de retournements, d’imbroglios, de faux semblants d’enchevêtrement de situations, dont notre Histoire nationale offre peu d’exemples, qui trouvèrent pour la plupart leur origine dans une véritable adultération du langage de la part d’un meneur de jeu, aussi doué de  talent, comme jongleur de mots, que dépourvu de scrupules et du sens des responsabilités qui incombent à tout chef d’Etat comptable de la vie de ses concitoyens.
 
Comment les Français de métropole et ceux d’Algérie, si remarquablement unis dans une communauté de destin, union déjà scellée sur les champs de bataille pendant un siècle, à l’occasion de trois grands conflits, et solennellement renouvelée lord du référendum du 28 Septembre 1958, fondant sur le socle de la Constitution de la 5ème République l’appartenance de l’Algérie au territoire national, comment ces Français des deux bords de la Méditerranée pouvaient-ils, moins de quatre ans plus tard, vivre les mêmes événements sur deux planètes mentales différentes, dans une incompréhension totale, au point de risquer de s’affronter bientôt, les armes à la main ?
 
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«Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà…. ». La Méditerranée, qui traverse et unit la France à l’Algérie, comme la Seine traverse et unit Paris, disaient les ténors du parti gaulliste UNR en 1958, était en train de devenir, par la mésentente des esprits et la désunion des cœurs, un gouffre de profondeur abyssale.

 

Pendant des années, le terrorisme aveugle avec tout son cortège d’atrocités commises par le FLN contre les populations civiles d’Algérie, plus spécialement à l’encontre des populations musulmanes, avait été  rapporté avec la plus grande réprobation, par la majorité de la presse métropolitaine, tandis qu’à gauche, on en justifiait, au contraire, la légitimité, en raison du péché colonial.

 

 

« L’Humanité », « Témoignage Chrétien » et, bientôt, « l’Express », chevauchaient en tête du peloton des adulateurs des Fellaghas qui étaient blanchis de tous leurs crimes, tandis que les victimes civiles étaient ignorées, voire niées, et que l’armée française était l’objet de toutes les calomnies. Un système de désinformation idéologique de très grande envergure, dont les séquelles sont encore visibles aujourd’hui, se mettait en place…

 

Dés le début, il parut que le plus dangereux ennemi du parti de la France n’était pas dans les djebels, mais qu’il s’affichait, en plein Paris, où sévissait la principale agence de propagande du FLN. Le recours à la violence est légitime, en Algérie, contre les gros colons exploiteurs murmuraient dans l’oreille de leurs bonnes âmes de pénitents, entre deux portages de valises, certains abbés de gauche convertis à l’évangile de Marx dès le séminaire du Prado et de la Mission de France.

 

Et de citer à l’appui, l’opinion élogieuse que portait aux dirigeants du FLN l’archevêque d’Alger, Mgr Duval, qui avait reconnu publiquement que le programme rédigé au congrès de la Soummam, en août 1956, « était profondément humain ». (Marie Christine Ray « Le cardinal Duval » Ed. du Cerf 998- page 82)

 

Cet étrange prélat, dont l’influence sur la hiérarchie du clergé catholique métropolitain allait être si maléfique, était inspiré, lui-même, par le théologien et chrétien de gauche, André Mandouze, l’homme qui protégea et abrita le réseau des agents du FLN envoyés en métropole pour exterminer les musulmans messalistes dont près de 4.000 furent égorgés de 1954 à 1962.

 

Le prélat, le théologien, et leurs disciples dans le clergé métropolitain, semblaient ignorer qu’à ce congrès, « modèle d’humanisme », les sentences se résumaient, pour les Européens, à une alternative offerte entre la mort et l’exode, et à la liquidation pure et simple pour les musulmans francophiles.
 

Comment l’opinion métropolitaine, dûment endoctrinée et calfeutrée dans sa bonne conscience par ses propres pasteurs chrétiens, pouvait-elle elle soupçonner que ces derniers se faisaient complices de toutes ces violences, notamment de ces profanations des cadavre par des mutilations sexuelles, opérées le plus souvent sur les vivants, et absoutes parce que révolutionnaires.  

 

On se demande encore aujourd’hui comment des « Chrétiens de gauche », qui proclamaient leur esprit évangélique avec plus d’ostentation que d’humilité, qui témoignèrent, en la circonstance, d’une haine bien large et d’un amour bien étroit, avaient pu commettre tant d’erreurs de jugement dans cette guerre civile où le terrorisme du FLN offrait déjà le même visage fanatique, odieux et barbare que celui des islamistes de tout bord, unanimement condamnés aujourd’hui ?

 

En réalité, l’endoctrinement de l’opinion métropolitaine avait commencé dés les premiers attentats. Au début de l’année 1956, fort de son expérience d’un an en Algérie comme Gouverneur Général, où il avait été très impressionné par les atrocités commises par le FLN le 20 août 1955 dans le Constantinois, Jacques Soustelle avait mis en garde l’opinion métropolitaine contre la désinformation grandissante instituée par une certaine presse parisienne : «  Il est étrange que ceux, qui n’ont à la bouche que les grands principes, passent si aisément sous silence le sort affreux des victimes mutilées ou assassinées. Je me considère comme comptable de ces vies et de ces souffrances, et je ne tolérerai jamais que tant de Français, musulmans pour la plupart, soient cyniquement sacrifiés à une cause qui n’est ni celle de le France ni celle de l’Algérie. » (J. Soustelle « Aimée et souffrante Algérie ». Ed. Plon -1956 page 47) 

 
Ce livre fit quelque bruit en Métropole, et de nouveau, la balance pencha en faveur de l’Algérie française pour une partie de l’opinion métropolitaine, du moins pour celle qui n’était pas embrigadée politiquement à gauche. 
 

Ce que démontrait Soustelle, c’était la réalité d’un terrorisme électivement dirigé par le FLN contre les musulmans attentistes, c’est-à-dire la majorité d’entre eux. L’ancien Gouverneur Jacques Soustelle décrivait les atrocités qu’il avait vues, en particulier les égorgements, les mutilations faciales, ces dernières étant presque toujours réservées aux musulmans, pour l’exemple : «  La terreur est un levier psychologique d’une puissance inouïe. Devant les cadavres des égorgés et les visages grimaçants des mutilés de la face, toute velléité de résistance s’effondre. Il est remarquable que les fellaghas n’aient, pour ainsi dire, jamais cherché à attacher à leur cause les populations rurales en leur promettant une vie meilleure… Non, c’est par la terreur qu’ils les soumettent à leur tyrannie ! » (Jacques Soustelle o.c.) Et l’auteur rappelait le slogan lancé par Zighout Youcef, le forgeron kabyle aux yeux bleus, responsable du FLN qui avait ordonné les tueries du Nord Constantinois : « Le peuple suit par la terreur ».

 

La mise en sujétion des populations musulmanes par cette politique de la crainte n’avait d’autre but que de faire accroire à une complicité, sous-tendue par une volonté populaire unanimement favorable au FLN, et à un choix libre conforme au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

Cette organisation technocratique des meurtres, cette police expéditive qui prend la forme d’une justice immanente prête à s’abattre, en tous lieux, à toute heure, sur un musulman quelconque, fonctionnaire, élu local, ancien combattant, ou, parfois même sur un homme désigné au hasard, cela suffit pour assurer le silence et la résignation de toute une population locale, dans une sorte d’unanimité tragique qui laisse confondre un peuple subjugué par la terreur avec un peuple complice.

 

Cela suffit pour hausser officiellement le militant terroriste au rang d’un combattant du Front de Libération Nationale, alors qu’en réalité, il se conduit comme l’agent redouté d’un futur régime totalitaire. Telle était, résumée, l’argumentation qu’André Rossfelder développait dans une brochure adressée à ses concitoyens de métropole « L’Algérie à bâtir » (Ed. Baconnier Alger) avec une préface rédigée sous la forme d’une « Lettre à un ami parisien ».

 

Un autre élément, qui allait peser d’un poids grandissant sur l’évolution de l’opinion métropolitaine, c’était celui de l’envoi du contingent en Algérie. Cet événement avait été assez bien accueilli la première année, chacun en métropole retrouvant, à cette occasion, un peu de la ferveur d’un mouvement patriotique, et l’opportunité de ressouder l’unité nationale.

 

Pour la majorité de l’opinion, à cette époque, l’Algérie, c’était la France, et la nation française était composée de tous les hommes qui la choisissent à travers le monde. La preuve de la résurgence d’un tel sentiment en métropole est fournie par l’étonnante attitude du parti communiste lorsque, à l’Assemblée Nationale, ce dernier, contre toute attente, n’osa pas s’opposer au vote qui décida de l’envoi du contingent en Algérie, alors que, dans le même temps, il militait ouvertement pour le FLN, et célébrait officiellement la trahison de l’aspirant Maillot qui venait de passer à l’ennemi en lui livrant un camion chargé d’armes!

 

Mais, peu à peu, la lassitude va devenir le sentiment dominant à la veille du 13 Mai 1958, car le maintien du contingent en Algérie n’a pas apporté de solution décisive. Certains évoquent même l’enlisement de la guerre d’Indochine…

 

On est encore loin de la répugnance que la métropole va éprouver, plus tard, à envoyer ses enfants combattre pour édifier une « Algérie algérienne », et, plus encore, de son hostilité finale pour une cause ouvertement criminalisée par le célèbre appel à la désertion des 121 ! On pourrait presque dire qu’au printemps 1958, entre le camp des partisans de l’Algérie française et celui de ses adversaires, l’opinion métropolitaine tend à s’équilibrer, mais, déjà, dans une ambiance d’affrontement.

 

Avec le sursaut du 13 Mai 1958, la vision métropolitaine sur le drame algérien est miraculeusement transformée. Il est pitoyable que l’on veuille encore le dissimuler aujourd’hui. L’irruption de l’homme de Londres qui, divine surprise, se présente en nationaliste intransigeant, qui revient pour proclamer l’Algérie comme « une terre française, organiquement et pour toujours » et se porter garant de  « l’intégrité de cette bonne terre française », va réveiller le patriotisme et entraîner tous les cœurs.

 

Un fait capital va échapper, cependant, à la majorité des Métropolitains, et il va être gros de conséquence. Dans leur participation aux manifestations sur le Forum d’Alger, les musulmans exprimaient, dans leur attachement à la France, un immense soulagement. C’était la libération soudaine de cette peur tenace que faisaient planer sur eux, depuis près de 4 ans, les représailles du FLN, et de cette immense crainte qu’ils avaient de voir, un jour, la France quitter l’Algérie.

 

Les voilà tous, enfin, rassurés et le spectre de l’abandon est exorcisé. La preuve apportée en est éclatante lorsque la population musulmane vient voter en masse au référendum du 28 Septembre 1958, malgré les menaces de mort prononcées par le FLN à tout participant à ce scrutin, dont le résultat était apparu décisif dans l’esprit de la majorité des musulmans. Et De Gaulle ne leur avait-il pas précisé que « répondre « Oui », pour chaque musulman, signifie qu’il veut que le destin de l’Algérie s’accomplisse avec la France » ?

 

Cette fois, après 4 ans d’incertitude, l’affaire pour les musulmans, était enfin tranchée de manière solennelle et définitive avec la venue au Pouvoir de Charles De Gaulle qui déclarait à Constantine le 3 octobre 1958 « ce referendum engage pour toujours l’Algérie et la France, et ce fait est aussi clair que la lumière du ciel. » (Pourquoi, alors, le même homme, encore vénéré des Français, a-t-il ensuite chargé ce même ciel de tant de sanglante obscurité ?)

 

Le signe le plus tangible de la levée de cette peur et du ralliement massif des populations musulmanes à la France résida aussi dans le quadruplement rapide des effectifs de combattants musulmans dans l’armée française, effectifs  qui se montaient à 183.000 hommes, comme allait le constater De Gaulle avec satisfaction un an plus tard, le 10 Novembre 1959 .Comment pouvait-on imaginer un test plus probant de confiance et de fidélité ? Psychologiquement le FLN était en train de perdre la partie.
 

Il est certain, aussi, qu’en métropole ceux qui répondirent « Oui » à plus de 80% au même référendum plébiscitaient également le maintien de la présence française en Algérie. Aux élections législatives de novembre suivant, le parti gaulliste UNR, accueillant en son sein la majorité des députés algériens, devenait officiellement, sous l’impulsion de son leader Michel Debré, « le parti de l’Algérie Française » en même temps qu’il se comptait comme le premier parti de France, tandis que la presse pro-fellaghas, dans son ensemble, connaissait une sérieuse éclipse.

 

Enfin, on était à l’unisson : une symbiose était rétablie, que l’on pensait définitive, entre la majeure partie de l’opinion de la Mère-Patrie et celle de sa province algérienne qui vivaient l’une et l’autre sur la même longueur d’ondes. Chacun se reconnaissait, sur les deux bords de la Méditerranée, dans une communauté de destin de citoyens français, et tous les espoirs étaient permis en vue de la « solution la plus française » qu’on pouvait maintenant entrevoir.

 

Les mois qui suivirent en apportèrent la confirmation matérielle avec les brillants résultats du plan Challe, annihilant pratiquement le potentiel militaire du FLN à l’intérieur du pays, ce que De Gaulle allait constater avec triomphalisme le 10 Novembre 1959 en ajoutant  « qu’en dépit de quelques combats qui se traînent encore, l ’Algérie nouvelle se dessine et se relève dans l’apaisement. (Discours et Messages de Charles De Gaulle - Pages 137 et 138).

 

Le grain de sable, qui allait fêler progressivement cette belle harmonie entre Paris et Alger, se manifesta le lendemain de l’annonce du revirement du Chef de l’Etat dans son fatal discours d’autodétermination du 16 septembre 1959. Une divergence d’opinion se manifesta rapidement sur la nature de l’accueil qu’allait réserver la communauté musulmane à cette nouvelle orientation de la politique gaulliste.

 

C’était là l’occasion pour les habitants de l’Algérie de légitimer, aux yeux du tiers monde, leur attachement à la France : telle était la vision de la majorité des Français de Métropole, qui avaient bien accueilli le principe de l’autodétermination, parce que cette dernière semblait propre à accélérer le dénouement du conflit.

 

« Erreur tragique », répliquait-on à Alger .avec Alain de Sérigny directeur de l’Echo d’Alger. La position de la France est en recul : De Gaulle qui a déclaré, en arrivant au pouvoir, que tous les Algériens de toutes confessions, étaient des citoyens français, a l’air de revenir, maintenant, sur cet acquit.

 

Car tous les Algériens se sont prononcés massivement pour la France le 28 Septembre 1958, moins d’un an auparavant, et De Gaulle l’a reconnu et en a pris solennellement acte au nom de la nation française. Revenir sur cette consultation électorale, c’est faire peu de cas de la détermination des électeurs dont certains ont risqué leur vie pour aller voter. Une trentaine de musulmans avaient, en effet, été assassinés par le FLN sur le chemin des urnes…
 

 Maintenant que la sortie du tunnel est en vue, que les ralliements à la France sont massifs, et les actions du FLN au plus bas sur le terrain, voilà que De Gaulle remet tout en question !

 

Les musulmans vont voir, dans cette sorte de citoyenneté conditionnelle en attente qu’on leur attribue pour une durée indéterminée, quelque chose d’insupportable, d’humiliant, et une sorte déchéance civique, en même temps que vont renaître les doutes sur la pérennité de la présence française, interrogation  fondamentale qui conditionne, depuis le début du conflit, toute l’attitude de la communauté musulmane.

 

La crainte des représailles du FLN va réapparaître en Algérie, et, insensiblement, certaines élites musulmanes vont commencer à se détacher de cette  France incertaine qui plonge le pays dans l’incertitude.

 

A Alger, c’est la consternation, la France se place, de nouveau, en état d’infériorité, et donne l’impression qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut, alors qu’elle a, en face d’elle, un adversaire résolu qui, lui, le sait bien, et qui vise à l’éliminer totalement, sans s’embarrasser de démocratie, d’autodétermination ,en proclamant lui-même, sans scrupule, sa propre légitimité ! Celle-ci est au bout des fusils, disait le maître de la Révolution bolchevik, dont s’inspirent les dirigeants du FLN.

 

Malheureusement, c’est là le nœud de la future discorde, la métropole n’entend pas ce langage, elle s’en tient à sa conception de la logique démocratique occidentale. Que dit la Charte des Nations Unies ? « Nul ne peut décider du destin d’un peuple sans que ce dernier soit consulté par référendum ». En Métropole, seules protestent quelques personnalités lucides et courageuses, mais isolées, groupées autour de Jacques Soustelle  de George Bidault, d’André Morice, de Roger Duchet, leader des indépendants.

 

Ces hommes vont tenter de fonder un bloc de Résistance dans le Comité de Vincennes, de se grouper en Front de l’Algérie Française autour du bachaga Boualam, pour dénoncer le redoutable malentendu de cette autodétermination, en exprimant leur parfaite communion de pensée avec le sentiment d’inquiétude qui règne maintenant à Alger  et dans les cadres de l’armée.

 

De nombreux officiers redoutent le désarroi dans lequel vont être jetés les engagés musulmans, qui vivent encore sur la lancée des promesses antérieures de De Gaulle et sont de plus en plus nombreux à rallier le camp français avec cette éternelle question, de nouveau, brutalement réactualisée. « Alors, cette fois, tu pars ou tu restes ?» Que va-t-on leur répondre .maintenant ?

 

Mais ce problème psychologique crucial, on ne le perçoit absolument pas en Métropole, et le drame est en train de se nouer sur cette incompréhension  réciproque !.Voilà la pierre d’achoppement à l’origine de ce dialogue de sourds qui va s’établir pour longtemps entre les deux rives de la Méditerranée. Désormais, on ne parlera plus la même langue !

 

Le divorce éclate au moment des Barricades d’Alger, où la colère algéroise, fille de l’angoisse, est très mal comprise en Métropole C’est en vain que, dans une magnifique plaidoirie au procès des insurgés, en décembre 1960, Me Isorni ,un des avocats de la défense, s’adresse, au delà de l’enceinte judiciaire, à l’opinion métropolitaine pour essayer de lui faire comprendre la gravité de l’enjeu de cette révolte : «  Une population entière, sur un des bords de la Méditerranée, avait trouvé les interprètes de son drame. Une autre population, sur l’autre bord, commençait à leur prêter oreille. La première disait simplement qu’elle souffrait dans son âme et son corps, qu’elle voulait rester française, que les actes reprochés avaient été déterminés par ce seul mobile, qu’on ne pouvait être criminel à vouloir rester français. »  (Jacques Isorni « Lui qui les juge »- Ed. Flammarion 1961)
 

L’opprobre était jeté sur Alger, car, pour la première fois, il y avait eu des morts entre Français à la suite d’un piège machiavélique dans lequel devaient tomber aussi bien les insurgés que des gendarmes de Debrosse, provocation déjouée et prouvée par de nombreux témoins, mais qui fut mise officiellement sur le compte des insurgés par la propagande de Roger Frey.

 

C’est avec une nette majorité que la Métropole allait ratifier la politique d’autodétermination au référendum du 8 janvier 1961 qui, de façon incohérente, allait à contre-pied du précédent, celui qui avait fondé la 5ème République ! L’avant-veille, De Gaulle avait, une nouvelle fois, dupé l’opinion en affirmant : « Voter pour l’autodétermination,  c’est vouloir que la France puisse gagner en Algérie la cause de la paix et de la raison » (o.c. page 274)

 

Si, pour les partisans de l’Algérie française, ce référendum affaiblissait maladroitement et dangereusement la position de la France auprès des musulmans, pour la majorité des métropolitains, on ne pouvait rejeter cette chance ultime de voir triompher « la cause de la paix et de la raison ».La fêlure était consacrée entre la Métropole et Alger, elle allait devenir béante.

 

Il est certain que, par sa contre attaque rageuse au moment des Barricades, Charles De Gaulle avait redonné une grande autorité à son personnage, facteur décisif qui devait peser lourd sur l’orientation des esprits en Métropole, et qui fut sans doute mal perçu à Alger. L’homme était redevenu le père patriote « qui dit zut aux Amerlos »…

 

L’armée s’était inclinée, une première fournée d’officiers trop encombrés de leur conscience avait été mutée en Métropole, aux applaudissements de la gauche parisienne qui allait reconnaître, peu à peu, le nouveau visage d’un De Gaulle antimilitariste, anticolonialiste, quoique le mot ne soit pas encore à la mode.

 

L’homme providentiel va instrumentaliser avec habileté ce bon point que lui décerne le camp hostile à l’Algérie française, tandis que dans l’autre camp, celui qui l’a ramené au pouvoir, on commence à lui faire grise mine.

 

« C’est l’homme de la grâce », ira jusqu’à dire, plus tard, Mauriac, ce grand bourgeois conservateur déguisé en homme de gauche, en se prosternant bien bas, ce qui lui vaudra « l’élévation »  à la dignité  de Grand Croix de la Légion d’Honneur, dans une promotion dite rampante qui va faire des adeptes. Il n’est pas inutile de rappeler ce détail, car, dans la tourmente qui s’annonce, l’attrait des rubans, étoiles et hochets de toutes sortes, va déterminer, hélas, beaucoup de comportements. Pour apaiser les consciences, et raffermir les fidélités, on va manier la carotte et le bâton, en termes militaires, on va secouer fortement le bananier.

 

Quant à De Gaulle, il va largement exploiter cette nouvelle popularité à gauche en passant pour l’homme qui a mâté ces « deux ennemis du peuple », ces ultras de l’Algérie française, et cette armée française « au relent de Vichy ». 

 

C’était pourtant au cri de ralliement « Algérie Française ! » que la majorité de la France était redevenue gaulliste en 1958, alors qu’elle ne l’était plus depuis bien longtemps, avant le 13 Mai .1958. Voilà maintenant que le même slogan était mis en sourdine, bientôt il deviendra un cri séditieux. Eternelle versatilité du peuple français : ce n’est pas pour rien que l’on donne la forme d’un coq gaulois aux girouettes que l’on place sur les toits !

 

Par ailleurs un fâcheux malentendu va naître sur le sens de l’Algérie française, quand, avec une grande malhonnêteté, De Gaulle va l’assimiler à « l’Algérie de Papa » qui se voulait une image intentionnellement très négative aux yeux des Métropolitains, car on passait, ainsi, sous silence l’installation du collège unique – une idée de Soustelle – qui avait marqué une étape décisive et irréversible vers l’égalité de tous les citoyens  dans le cadre maintenu de la présence française.

 

Peu de temps après avoir dit aux musulmans « Venez à la France, elle ne vous trahira pas», De Gaulle jetait ainsi le discrédit sur l’Algérie française, qui demeurait cependant l’idée force et le symbole de la présence française. Il remettait en cause cette présence aux yeux des musulmans indécis, au risque de voir ces derniers se tourner vers la seule autre alternative, l’autre idée force, celle de l’Algérie du FLN.

 

A la nouvelle du putsch d‘Alger, le 21 Avril 1961, une question angoissante, qui sera mal perçue à Alger, va dominer la réaction de la Métropole : c’est celle que se posent des milliers de parents qui ont un fils mobilisé de l’autre coté de la Méditerranée. Que vont-ils devenir, dans cette menace de guerre civile qui s’annonce, combien de temps va durer maintenant la séparation ?

 

Toute autre considération politique passe au second plan dans l’opinion publique. Parmi les erreurs du général Challe, celle-là fut une des plus graves, et probablement la plus décisive qui lui fit négliger ce problème psychologique, sans y remédier en annonçant, immédiatement, la libération et le retour de tous les hommes du contingent, ce qu’il va faire, mais trop tard,  le dernier jour…

 

Le séjour du général Salan et de Jean Jacques Susini dans l’Espagne de Franco, dans les mois qui ont précédé le putsch d’Alger, constitue une circonstance aggravante. Le fait que le « Caudillo » les ait reçus comme des hôtes et non des proscrits (ils ne l’étaient pas encore à cette date) va fournir un beau prétexte au gouvernement français pour dénoncer « l’inspiration fasciste » qui anime le mouvement de rébellion militaire.

 

Le parti des intellectuels parisiens va s’empresser de faire chorus dans les clameurs d’une profession de foi mise sur disque laïc et républicain. Lucien Neuwirth, ex- membre du Comté de Salut Public, vibrant orateur de l’Algérie française à Radio Alger au 13 Mai, vire de bord dans une belle figure acrobatique pour dénoncer « les assassins venus de chez Franco». Tout converge, déjà, malheureusement pour diaboliser en Métropole les futurs dirigeants de l’O.A.S. 
 

Voilà donc un même événement vécu en contradiction absolue des deux bords la Méditerranée : divine surprise pour les Pieds Noirs, qui leur redonne un fol espoir, accablement en Métropole. L’échec du même mouvement, le 25 avril, va être également vécu en sens inverse, désespoir des premiers, soulagement des seconds, en dehors d’un petit carré des fidèles de l’Algérie française qui s’est rétréci comme peau de chagrin.

 

Jamais, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale la mésintelligence et la dysharmonie n’ont paru aussi éclatantes entre les citoyens d’une même nation. La notion même de communauté de destin qu’incarne une même patrie serait-elle en train de s’effacer ?

 

Dés lors tout va s’enchaîner pour chloroformer, lobotomiser (Pierre Descaves) l’opinion du  Métropolitain moyen qui va être conditionnée par une censure drastique autorisée par l’article 16, mis en vigueur depuis le 22 avril 1961. La métropole n’aura pratiquement plus qu’une information à sens unique avec une presse muselée, un office de radiotélévision unique (l’ORTF) au service exclusif du gouvernement pour les informations politiques. Seul le quotidien « l’Aurore » et l’hebdomadaire « Aux Ecoutes » s’efforcent de garder un peu d’objectivité. Tous les événements qui se passent en Algérie vont être complètement dénaturés.

 

Ainsi, va-t-on parler de moins en moins des attentats du FLN qui sont minimisés en simples  « exactions »,  bien qu’ils aient repris de plus belle à cause de la folle trêve unilatérale du mois de mai 1961, aggravée, dans ses conséquences, par la libération plus folle encore , et sans condition, de plusieurs milliers de membres du FLN détenus en captivité !

 

«  Pourquoi les auteurs d’attentats sont-ils tous relâchés et remis en circulation le couteau à la main, avec une bénédiction ? Cette carence du gouvernement oblige les Européens à organiser eux-mêmes leur défense, leur police » écrit dans son journal, le 20 juillet 1961 le Père de Laparre, jeune prêtre métropolitain envoyé à Oran (« Journal d’un prêtre en Algérie ». Ed. Curutchet -1996-Prix Veritas de 1997)

 

On va parler, officiellement, de plus en plus, et bientôt exclusivement, des crimes de l’O.A.S., comme si ces deniers résumaient toute les violences de la guerre d’Algérie, et ceci dans une désinformation qui a laissé des traces profondes jusque dans les manuels scolaires d’aujourd’hui !

 

Tout le ban et l’arrière ban des moralistes, qui avaient excusé, légitimé, et souvent encouragé  directement les actes de violence les plus atroces du FLN sur les populations civiles, vont se découvrir une soudaine vocation de «  non-violents » pour dénoncer la violence de l’O.A.S.. Malgré le recul du temps on reste stupéfait par l’exceptionnelle tartufferie que représente l’indignation vertueuse manifestée contre le terrorisme de l’O.A.S. par les milieux d’extrême-gauche des porteurs de valises qui ont livré, pendant cinq ans, des fonds considérables et des armes pour alimenter le terrorisme aveugle, et infiniment plus sanglant, du FLN, responsable de dizaines de milliers de victimes, civiles pour la plupart !

 

En Métropole, on ne comprend pas, malgré tout, qu’aux yeux des citoyens français d’Outremer, qui luttent pour leur survie, le chef de l’Etat Français puisse avoir perdu toute légitimité depuis qu’il s’est déclaré l’allié de leur pire ennemi, le FLN, auquel il accorde, arbitrairement la représentativité exclusive de toutes les populations d’Algérie, représentativité qu’il avait récusé formellement, et à plusieurs reprises, pendant près de trois ans.

 

Comment faire admettre, ensuite, aux Français d’Algérie de toutes ethnies que ces «  gens qui s’acharnent à vouloir établir leur dictature par la violence, quitte à vouer le pays à la ruine et au malheur » (discours du 10 novembre 1959) se seraient maintenant recyclés en agneaux alors qu’ils vont être installés, en fait, comme des maîtres absolus à Alger avec entière liberté de représailles, et ceci grâce à une escroquerie historique, un tour de passe-passe dégradant qui a consisté à exclure de la participation au référendum ratifiant les accords d’Evian tous les habitants d’Algérie.

 

« De Gaulle a institué un nouveau droit : le droit d’une partie du peuple français à condamner l’autrepartie à l’exode ou à la mort. Pour lui l’ennemi n’était pas celui qui voulait s’emparer d’un territoire français, mais celui qui voulait s’y opposer par une résistance désespérée. » (Pierre Descaves« Une autre histoire de l’OAS » Prix VERITAS 2010-Atelier Fol’fer -page 163- 164)

 

Comment la Métropole pourrait-elle faire admettre à la communauté française d’Algérie qu’elle  doit se soumettre à une décision qui, dans n’importe quelle autre démocratie, porterait les noms de forfaiture et de trahison. ?

 

Autre sujet d’injustice qui révolte Alger et laisse la métropole de marbre, De Gaulle récuse, de façon arbitraire, toute représentativité aux élus algériens qui siègent pourtant en toute légalité au Parlement français depuis 1958,  et qui sont, en fait, les seuls « représentants qualifiés » de l’Algérie puisque le chef de l’Etat avait parfaitement reconnu leur légitimité, affirmant, à plusieurs reprises, que c’était avec ces élus nationaux et locaux que se bâtirait la future Algérie.

 

« Ces quelque 12.000 élus algériens de tous niveaux deviennent de fait des condamnés à mort » (Pierre Montagnon). Si la lutte pour la cause de l’Algérie française était sacrée en 1958, par quelle aberration serait-elle devenue sacrilège moins de 3 ans plus tard ? .Tel est pourtant le fait régalien du prince qui va jeter la communauté française d’Algérie dans la révolte la plus légitime qui soit dans le monde contemporain.

 

Les interprétations différentes de certains actes de violence vont illustrer également la profondeur de la faille entre la Métropole et Alger. Pendant des années, le FLN s’est livré à des assassinats ciblés  de nombreuses personnalités. Citons, parmi tant d’autres, le maire de Fort National Joseph Frappai, l’ancien Président de l’Assemblée Algérienne Ali Chekkal, Amédée Froger, maire de Boufarik, ou encore, le sénateur de Constantine Cherif Benhabylès, sans oublier les tentatives d’assassinat contre Jacques Soustelle et contre Robert Abdesellam, député d’Alger.

 

Ces « exécutions de  traîtres » sont, chaque fois, applaudies par le clan Sartre, qui donne le ton à l’opinion de gauche : «  Elles participent du combat révolutionnaire universel dont le FLN est en Algérie le bras séculier, et dont le caractère légitime, parce que  placé dans le vent de l’Histoire, possède un pouvoir absolutoire sur tous les attentats meurtriers » Cette extravagante vision marxiste de la violence va pervertir une partie croissante de la presse parisienne , de l’Université, des chrétiens progressistes.

 

Lorsque certains membres de l’O.A.S., vont exercer de telles représailles contre ces agents du gaullisme qui ont pour mission de réduire et d’exterminer le parti de la France en Algérie, notamment lors du meurtre du commissaire Gavoury, ce sera aussitôt le déchaînement indigné venant des mêmes sources contre ces mêmes méthodes parce que ces dernières perdent toute légitimité du fait qu’elles sont baptisées « fascistes  et contre-révolutionnaires  ». Elles ne méritent alors aucune absolution et deviennent des « crimes de sang ».

 

La violence du FLN, désormais libre de toute entrave, est sacralisée, celle de l’O.A.S., qui n’est pourtant, de la part du parti de la France, qu’une réplique tardive de survie d’une communauté française minoritaire et menacée de mort, devient l’objet d’un anathème universel. Tel était le délire d’interprétation de nos élites métropolitaines, auto-promues instances morales et signataires de bruyantes et vertueuses pétitions qui finirent par perturber gravement l’opinion.

 

Si dans leur version de la fusillade du 26 Mars 1962, les Autorités usèrent d’une désinformation stalinienne – pour De Gaulle les victimes deviennent des bourreaux – une partie de la presse métropolitaine le disputa au Pouvoir dans l’ignominie : « Bataille acharnée au centre d’Alger contre des fascistes : 50 morts» titrait « l’Humanité » et ce quotidien antimilitariste de tradition félicitait, pour une fois, l’armée français parce qu’elle avait massacré une foule de civils français innocents et sans armes : son plus bel exploit, sans doute, aux yeux du parti communiste, dans toute la guerre d’Algérie ! 

 

Le journal catholique « La Croix », sous la plume de son directeur, le père Wenger, émule de l’évêque d’Alger, dénonçait les violences de l’O.A.S., et légitimait celles des fusils-mitrailleurs du service d’ordre car, écrivait-il, « force devait rester à la loi ».

 

Quelques semaines auparavant, l’enterrement des victimes accidentelles de la bousculade provoquée par les charges de la police à la station de métro Charronne à Paris où l’O.A.S., injustement incriminée, n’y était pour rien, mobilisaient plus de 200.000 personnes,  avec les prières publiques de Mgr Feltin, archevêque de Paris. Dieu pouvait-il être dans le camp des forces de l’ordre à Alger, et dans celui des victimes à Paris ?

 

Quant aux membres du parti gaulliste, si l’ensemble avait opéré, depuis longtemps, en fait dès le lendemain des Barricades, et sans état d’âme apparent, sa reconversion idéologique, quelques-uns, tout de même, étaient secrètement honteux et un peu inquiets d’un revirement aussi total de la politique algérienne conduite par De Gaulle.

 

Celle-ci impliquait de leur part un reniement de nombreux engagements personnels, une rupture dramatique avec des compagnons de la Résistance, et même de la France Libre, engagés dans le combat de l’O.A.S.. Bien qu’ils fussent un peu gênés de se retrouver, entraînés par le même anathème, dans le camp marxiste qu’ils avaient tant combattu depuis quatre ans, ils allaient se mettre à hurler avec les loups pour se donner bonne conscience, mais avec une lâcheté qui resterait historique. .L’intensité de ce cri d’indignation était à la mesure de la profondeur du sentiment de culpabilité qu’il servait à masquer. L’aveuglement idéologique, et, plus encore, l’odeur de la soupe, menaient tout droit, par la confusion de toutes les valeurs, directement à la trahison.

 

Quant à la majorité passive de Métropole, formée de ceux qui constituent dans la tradition  française le parti de la plaine ou celui du marais, ceux-là se moulaient, impavides, dans le prêt à penser du jour .En 1958,ils avaient voté dans le sillage d’un  grand mouvement en faveur l’Algérie française. Tablant sur la célèbre mémoire courte des Français moyens, De Gaulle demandait, maintenant, à ces derniers de voter exactement en sens contraire, avec, comme argument fort, la volonté de « barrer la route au fascisme ».

 

Cette formule primaire et passe partout, usée jusqu’à la corde – elle avait déjà été utilisée souvent contre De Gaulle lui-même ! – allait servir pourtant de voiture-balai électorale pour ramasser le plus grand nombre possible de voix de ces indécis, dont le niveau de discernement politique et de conscience civique ne dépassait pas celui de ce slogan binaire, vraie langue de bois sortie de l’attirail de la propagande communiste, visant à la décérébration des masses populaires !

 

Tous ceux-là allaient donc décider « librement et en toute lucidité » du sort de leurs compatriotes d’Algérie dont ils disaient par avance se désintéresser totalement. En fait, la Métropole voulait la paix à tout prix et ignorait que De Gaulle avait eu tous les atouts en main pour l’obtenir deux ans plus tôt, en juin 1960, au moment de l’affaire Si Salah et de la reddition de la willaya de l’Algérois.

 

Animé d’un désir de toute puissance, dans une vision toute personnelle  « de stratégie planétaire », De Gaulle avait pris la redoutable décision de rejeter cette paix et d’en faire disparaître les protagonistes. En réalité, il avait vendu son âme au tiers-monde, qui, en échange d’une consécration de leader moral et d’une promesse illimitée de futurs bains de foule – la seule vraie passion de cet acteur vieillissant – exigeait, au préalable, l’installation exclusive des « meneurs » du FLN au pouvoir à Alger.

 

« L’homme providentiel » se souciait peu du destin de l’Algérie, il confiera, plus tard, à ses intimes, notamment à Alain Peyrefitte, qu’il avait prévu que ce destin de l’Algérie, placée sous la coupe exclusive du FLN, serait chaotique et sanglant… Il avait réussi, par le talent exceptionnel de son verbe, à rendre la Métropole complice de cette trahison, et par sa capacité pléthorique d’illusionniste, d’en tirer une gloire personnelle pour toute une génération.

 

Seul, un petit groupe d’hommes animés d’un rare courage avaient percé à jour ce monstrueux dessein, mais la vérité qu’ils apportaient était, et reste encore aujourd’hui, terriblement dérangeante ! L’opinion publique métropolitaine, qui veut rester ignorante de cette vérité parce qu’elle se sent, inconsciemment complice d’un crime, ne peut, pour exorciser un sentiment collectif de culpabilité, que clouer ces hommes au pilori. Un demi-siècle plus tard, dans la version officielle qu’elle nous donne de ces années de tragédie, il apparaît bien  que l’Education Nationale n’a pas réussi à lever le blocage de cette aliénation.
 

« Sur la terre où je suis né, un grand drame est passé – écrit Pierre Descaves – un prophète de malheur a manié la fourche des trépassés. Le sang qui a coulé retombera sur ceux qui l’ont voulu, ou qui n’ont pas eu le courage de s’y opposer ».

 

Nous apportons ici un témoignage de fidélité à la mémoire de ces Résistants qui, seuls, sans alliés au monde, ont mené un combat jugé fou parce qu’il exprimait leur volonté de rester français sur leur terre natale. La nation qui les a reniés, il y a 50 ans, en s’acharnant aussi odieusement à leur refuser encore aujourd’hui tout geste de miséricorde comme toute stèle du souvenir, ne fait que trahir sa mauvaise conscience. Bien qu’exclu de la Loi et de l’Histoire, leur souvenir ne peut s’effacer en nous, car le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants.

 

                                                                        

 
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