C’est dans une telle unité d’hommes d’élite dévoués à la France jusqu’au sacrifice qu’est nommé le lieutenant Bénésis de Rotrou comme adjoint opérationnel de ce commando musulman en aout 1959.
Au départ la situation locale n’était pas brillante. « La population musulmane vit dans la terreur des représailles du FLN qui châtie ceux qui fument, boivent de l’anisette, font partie de l’Administration française, ou entretiennent de bons rapports avec cette dernière : ce ne sont que nez, lèvres ou oreilles coupées, égorgement avec organes génitaux tranchés et introduits dans la bouche : une vraie sauvagerie. » A vrai dire Saïda n’a pas l’exclusivité de toutes ces exploits en atrocités, sinistre palmarès du FLN que célèbrent et transfigurent en lutte héroïque, François Mauriac, « l’Express » et le parti communiste en métropole.
L’action de l’armée était difficile par manque de renseignements « Les fels sont les rois, tendent des embuscades, harcèlent nos postes, assassinent journellement des Européens ou des musulmans francophiles que l’on retrouve coupés en rondelles sur les route … rien de brillant » écrira Bigeard dans un style militaire.
Grâce au commando musulman, l’obtention de renseignements va être facilitée par la communauté de langue et la connaissance des milieux du FLN. Le lieutenant Youssef dispose d’un large réseau familial qui permet à l’armée d’avoir des informations exploitables à plus ou moins long termes. La redoutable organisation de l’O.A.P. est, peu à peu, démantelée et les populations civiles, débarrassées de la peur, se tournent vers la France, comme en beaucoup de régions d’Algérie, tandis que les ralliements se multiplient et viennent renforcer les effectifs des commandos de chasse européens voisins, Cobra et Maurice, qui opèrent ensemble avec une belle émulation.
Les chefs du commando George recommandent à leurs hommes de respecter les prisonniers, de bien comprendre le vrai malheur de ces derniers. Beaucoup ont été engagés de force car dans les douars leur père, leur mère, leur femme, sont souvent pris en otages, ils sont de plus « pressurés, bastonnés par le chef de la nahia pour obtenir des subsides du ravitaillement ».
Mettre fin à la guerre, ce sera mettre fin à la misère de la population .Tous sont d’accord sur ce point. Bigeard dispose d’ensemble d’unités d’élite et jouit du prestige du chef à la réputation légendaire si décisive en terre d’Islam. La pacification d’un large secteur, jugée au début particulièrement difficile, sera solidement acquise en quelques mois, avec un minimum de pertes.
Dans son livre « Notre révolte » le général Challe publie un extraordinaire document photographique montrant De Gaulle décorant lui-même plusieurs combattants musulmans du commando Georges à Saïda. Oui, on pouvait être sans crainte, la France resterait donc bien en Algérie !
Qui pouvait en douter désormais devant cette preuve démonstrative, cet exceptionnel honneur rendu aux combattants musulmans par le héros national de la France ? Les députés de la circonscription de Tiaret à laquelle était rattachée la région de Saïda s’en portaient aussi garants, notamment Djillali Kaddari et Berrezoug Saidi, élus à l’Assemblée Nationale en novembre 1958. Combien d’anciens fels, encore hésitants, n’ont-ils pas alors pris la résolution de rallier cette glorieuse unité devenue célèbre dans toute l’Algérie.
Il faut dire qu’en cette année 1959, la partie paraissait tellement gagnée pour la France que De Gaulle avait décidé, pour rendre à ces combattants un hommage public, qu’un important détachement de soldats musulmans issus d’unités régulières et de harkas, et provenant de différentes régions d’Algérie, défileraient à Paris pour le 14 juillet.
Qui aurait pu prévoir alors que le même De Gaulle, après les avoir mis à l’honneur, réserverait à tous ces musulmans ralliés fiers et heureux de servir la France, une fin aussi dramatique ?
Après avoir décrit les doutes, les interrogations, puis le trouble et la confusion qui gagnent les esprits dans toute l’Armée, doutes que l’auteur a largement partagés, lors des étapes douloureuses qui vont mener à la capitulation d’Evian, il laisse la parole à Rémy Madoui, le musulman, rallié qui a pu échapper au massacre.
« Après le cessez le feu, l’Algérie devint un enfer… Tout était fini. L’Algérie allait être livrée pieds et poings liés aux extrémistes du FLN. J’étais dans une grande détresse, une sorte de tempête mentale. L’Algérie entre les mains du FLN, cela signifiait des dizaines de milliers d’exécutions, des centaines de milliers de départs. »
Des années de censure officielle rigoureuse et de silence complice ont lobotomisé l’opinion métropolitaine. La France officielle, ignorante et inconsciente, continue de célébrer comme un jour de liesse nationale le 19 Mars 1962, anniversaire de la capitulation d’Evian, qui consacrera un jour son déshonneur dans l’Histoire.
Veritas félicite le Colonel Bénésis de Rotrou de contribuer, après d’autres historiens, à venir briser ce silence, et à rendre hommage à ces hommes dans son livre remarquable et courageux.
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