|
Je viens d’apprendre que l’ADIMAD avant perdu son procès en appel, et que la stèle de Marignane ne serait pas reconstruite parce que la Cour d’Appel a considéré les quatre dates, sans aucun nom, inscrites sur cette stèle constituaient une apologie de crimes de guerre !
Quel motif futile et fallacieux en même temps ! Je suis certaine qu’aucun de ceux qui ont jugé ainsi n’aurait été capable de dire, si nous n’étions pas entourés encore aujourd’hui par une haine pernicieuse et destructrice, à quoi elles correspondaient !
Il en est de même pour tous les quidams qui fréquentent ce cimetière, personne ne connaît notre drame, et personne ne pouvait être troublé en faisant le rapprochement entre ces dates et les noms des héros que nous portons en nos cœurs.
On ne pouvait pas être plus discrets… Les anciens détenus de l’Algérie Française devraient avoir le droit de célébrer ceux des leurs qui sont tombés en combattant pour le respect de la parole donnée, ou qui ont été, traîtreusement, exécutés par des tribunaux illégaux, ce qui équivaut à des crimes…
Ainsi, nous qui sommes les victimes d’une politique démentielle dont on peut voir, aujourd’hui, le résultat, nous qui avons perdu, non seulement notre terre natale, mais aussi nos cimetières et les stèles mémorielles érigées pour ceux des nôtres qui sont morts pour la France, nous n’avons plus un lieu pour pouvoir les honorer…
Je me sens méprisée, insultée, bafouée, dans ma qualité de Française, mais aussi en tant qu’être humain… Il y a près de cinquante ans que nous attendons un peu de reconnaissance, quelques bribes de vérité, et non rien, il n’y a plus rien à attendre de ce pays métissé et des hommes qui le dirigent…
C’est le mensonge qui va triompher, mais, après lui, viendra le châtiment, l’effondrement du pays, la guerre civile !
Et ils l’auront bien mérité, ceux qui affichent tant de mépris pour les vrais défenseurs de la France qu’on a écrasés alors qu’ils étaient le seul espoir du redressement français !
J. VINCINI |
|
Non, chère adhérente, le mensonge ne triomphera pas de tout, et toujours. Rien n’est définitif. Nous sommes encore là et nous avons su transmettre à nos enfants ce devoir de mémoire qu’ils continueront à défendre lorsque nous n’y serons plus.
On nous refuse le domaine public pour rendre hommage à nos morts, tournons-nous vers le domaine privé, reconstruisons les mausolées qu’on nous a volés et qu’on a détruits, mais faisons-le de façon intelligente et cohésive. Que tous ceux des nôtres qui ont pignon sur rue dans ce pays élèvent, sur leur propriété, une stèle à tous les morts de l’Algérie Française, qu’ils la fleurissent, qu’ils l’ornent de drapeaux, mais, surtout, que ces lieux de mémoire soient dédiés à tous les tous ceux qui ont combattu pour garder à la France son plus beau fleuron, l’Algérie, tous, sans exception, sans qu’il n’en manque aucun, sans qu’il n’y ait seulement que certains déclarés « les bons » par l’intelligentsia qui nous entoure, et qui a la prétention de nous imposer le rejet des autres comme mauvais, parce qu’ils se sont élevés contre le mensonge, la trahison et le crime d’Etat !
Nous n’avons pas besoin que voisinent au quai Branly, dans l’indécence, les noms de quelques uns de nos morts, avec ceux de barbouzes et autres porteurs de valises. Nos stèles, nous les reconstruirons sur le sol français, avec le même acharnement que nous avons eu, en Algérie, pour faire d’un cloaque le plus beau pays du continent africain ! Qu’on se le dise !
Notre ami, Hélie Denoix de Saint Marc, prix VERITAS 2000 pour « Les sentinelles du soir » vient de publier aux éditions « Les arènes » un remarquable ouvrage « L’aventure et l’espérance » dicté par la sagesse et porteur d’un message qui montre à tous les réticents et à tous les couards, que même les mains nues, même à genoux, un homme digne de ce nom garde la capacité de dire : non !
Voici quelques mots du message de notre ami : « Je viens de fêter mes 88 ans. Combien de fois ma vie n’a-t-elle tenu qu’à un fil ?
A 19 ans, parce qu’un chef de réseau a cru en moi, j’ai été projeté dans l’aventure de la Résistance, puis dans l’abîme de la déportation. A 44 ans, je suis sorti de prison sans papiers, sans droit de vote, sans carnet de chèques.
Entre temps, pendant deux décennies d’une intensité sans pareille, j’ai été plongé dans l’Histoire. Je l’ai connue, comme Shakespeare dans Macbeth « racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien. ».
J’ai, pourtant, choisi comme titre « L’aventure et l’espérance » à cette réédition qui retrace mon chemin à travers des extraits de livres et de conférences.
L’aventure parce que je n’ai pas passé ma vie en retrait. Thoreau a écrit qu’avant de s’asseoir pour écrire, il faut se lever pour vivre.
J’inscris aussi le mot espérance. Au-delà de tout, il reste une flamme fragile, minuscule, chancelante, mais si bouleversante.
L’espérance est une grâce, la seule, peut-être qui compte, à 88 ans. C’est celle que je veux confier aux lecteurs avant de quitter « le doux royaume de la terre. ».
Une vie d’homme, écrit un de ses lecteurs, aussi mêlée à l’Histoire de notre pays que peut l’être le sel à l’eau de mer.
Mais la conclusion sur cet ouvrage, nous la laisserons à Françoise Giroud qui a écrit : « En l’écoutant, on ne peut s’empêcher de penser que l’époque a été dure, oui dure aux hommes d’honneur !
Anne CAZAL |