La lettre de Veritas N° 192 - Extrait pages 7, 8 et 9

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Révérend Père Michel de LAPARRE de SAINT SERNIN

Cinquante-cinq ans ont passé et il serait bon qu’en ce cinquante-cinquième anniversaire de l’indépendance algérienne, nous revenions un peu en arrière. Beaucoup des très graves faits commis à cette époque sont encore inconnus !  Et c’est l’autorité de la France qui les a voulus car il fallait qu’aboutisse coûte que coûte - et au plus vite - le « grand dessein ».

Mais, entre autres choses, cette politique a abouti aussi à la journée du 5 juillet 1962 à Oran. Pendant ces heures tragiques, dans une ville encore française cinq jours plus tôt, et sans la moindre réaction de la France,  des milliers d’hommes parmi lesquels des centaines et des centaines d’Européens, furent horriblement massacrés, sous les yeux de notre armée réduite à l’inaction par des ordres formels.

Nous qui étions là et qui y sommes restés ensuite, nous avons pu, sans faire d’enquête, entendre assez de doléances et confronter suffisamment de témoignages pour voir apparaître, évidente,  par la carence voulue des forces de l’ordre, par la non-assistance caractérisée à personnes en danger et même par la complicité des gardes mobiles, l’immense responsabilité de la Vème République de la France.

Souvenons-nous, tout d’abord, qu’à la date du 5 juillet, en Algérie, tous les Français, qui avaient des raisons de se sentir particulièrement en danger du fait de l’indépendance donnée à ce pays, étaient de l’autre côté de la mer depuis plusieurs jours et que seuls, étaient restés les gens de bonne volonté, trop modestes ou trop faibles pour partir.

Le lundi 25 juin, l’armée française sillonnait, en voitures munies de hauts parleurs, les quartiers européens assez nerveux à l’approche d’un 1er juillet qui s’annonçait effervescent. A 20 heures, à Saint Eugène, j’entends très distinctement : « Oranais, gardez votre calme et votre sang-froid. Ne suivez plus les menteurs  qui vous mènent au désordre. L’Armée française restera après le 1er juillet et protégera, pendant trois ans, vos personnes et vos biens. » J’entends, encore, exactement le même texte, à 23 heures, place des Victoires.

Dix jours après, jeudi 5 juillet, contre-ordre. Interdiction formelle de bouger, quoi qu’il arrive. Et cependant, ce qui va arriver est prévisible. Les préparatifs du massacre ont été menés, tambour battant, dans les quartiers musulmans par les tueurs de Si Attou. Les gens se sont armés, sans se cacher. Et quand, vers midi, la tuerie commence, place Foch et dans les grandes artères, d’un même geste, les Mauresques tirent leurs couteaux de leurs costumes de fête pour égorger, torturer et dépecer les clientes des boutiques de la rue de la Bastille.

C’était donc prévu. Pourquoi rien  n’a-t-il été fait pour prévenir ce massacre ? Quelques particuliers, européens, ont pu être avertis. La veille au soir, le 4, les ouvriers de M. T... agriculteur à  Arcole l’ont supplié de ne pas quitter sa maison le lendemain. Certaines autorités civiles ont été prévenues. Pourquoi n’a-t-on pas mis en garde la population européenne qui, dans son ensemble, ne se doutait de rien et fut surprise à badauder dans les rues ou aux terrasses des cafés ?

Mieux encore, l’autorité militaire fut mise au courant. Le Colonel X... , le matin de ce 5 juillet, à 8 heures 30, à l’état-major de Chateauneuf, a été témoin de l’avertissement pressant donné au cours d’une réunion par un officier de l’A.L.N venu, tout exprès, dénoncer ce qui se tramait. J’ai vu, moi-même, à 10 heures du matin, un capitaine français, prévenu, lui aussi, par un militaire algérien, venir conseiller la prudence au Centre d’accueil du Secours catholique.

Et dans la journée, quand toutes les rues de la ville furent transformées en coupe-gorge, pourquoi les gendarmes français, qui, pourtant, s’y connaissaient en barrages, n’ont-ils pas paru aux entrées de la ville ? Même discrètement, ils auraient pu détourner les voitures qui venaient du Bled pour les empêcher d’aller se jeter dans ce guêpier. Beaucoup sont morts ainsi, aux arrivées dans les banlieues. Certains allaient s’embarquer sur le Kairouan, qui partit à moitié vide, au milieu de la fusillade.

Inertie voulue encore après le déclenchement du massacre. Une partie de l’hôpital d’Oran était occupée par l’Armée française. A l’angle de la rue Claude Bernard, il y avait un poste avec des sentinelles. Dès le début de la fusillade, vers midi, ordre fut donné aux militaires de disparaître.

Au même moment, le personnel et les clients de la grande poste, ayant réussi à s’enfermer à l’intérieur, envoyaient un appel téléphonique à la Marine qui répondit « n’avoir pas d’ordres » et qui transmit la commission aux gendarmes. Ceux-ci ne vinrent qu’à 17 heures, avec des tanks, pour délivrer les prisonniers.

Le directeur de la Société Générale des Transports Maritimes à Oran, était à 15 heures, ce 5 juillet, au balcon du Docteur Blanc, 16 rue Paixhans, en face des cuisines du lycée, occupées par l’Armée.  Il a vu, sous la fenêtre, un Européen poursuivi par des Arabes. Un capitaine et quelques hommes sont sortis pour courir à son secours. Mais un colonel a surgi, aussitôt, et ordonné aux hommes de rentrer. Ce directeur, comme ceux des autres compagnies postales d’Air France était, quelques jours après, chez le général Katz qui leur donnait le chiffre de 254 pour les victimes européennes déjà identifiées.

De la cour de la caserne du 28ème Train, boulevard de Mascara et boulevard Joseph Andrieu, à travers les barbelés, les militaires ont regardé les arabes couper des têtes et jouer avec elle au football de 14 heures à 17 heures.

Un sous-officier Pied-Noir, devant l’interdiction qui lui était faite d’intervenir, arrachait en vain ses galons. Le colonel, lui disait-on, avait menacé de passer par les armes celui qui bougerait le petit doigt.

N’est-ce pas vrai ? A-t-on fait une enquête quelconque ?? QUI EST RESPONSABLE DE CES ORDRES ??? N’y avait-il plus ni téléphone, ni telex avec Paris ? Est-il vrai que ce soit, seulement, à 17 heures, quand le calme commençait a revenir faute de gibier et a la demande de l’A.L.N. noyée dans ses désordres internes, QUE LE GENERAL KATZ A ORDONNE UNE INTERVENTION ? !

Veut-on d’autres faits ?

A l’entrée du port, à 200 mètres du peloton de service, devant l’inscription Maritime, un Européen est poursuivi par des Algériens. Malgré les objurgations de M. T... qui se trouve là, les gendarmes refusent de lui porter secours et il est massacré sous leurs yeux. Ce genre de scène est maintes fois renouvelé, en de multiples endroits.

On ne saura jamais tous les excès de cette journée. Je connais un homme auquel les Mauresques ont arraché les joues, par lambeaux, avec leurs dents, pour les manger ! Il n’est pas beau mais il vit toujours. Il était ouvrier tôlier.../...

Michel de LAPARRE de SAINT SERNIN 

 

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