La lettre de Véritas N° 195 - Extrait de la page 26 et 27

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Le 24 janvier 1960 a marqué la première cataracte de la politique algérienne de Charles De Gaulle. Une accélération effrayante a été imprimée aux événements et les a précipités vers le pire. Leur flot tumultueux a brisé des vies humaines, balayé des illusions et détruit des associations qui paraissaient fondées à jamais sur la confiance et l'amitié et le sang des bons Français, jetés à l’aveugle, les uns contre les autres par une politique fondamentalement mauvaise et l’a, hélas, teinté de son écume.

Plus tard, à la lumière des informations que j’ai pu recueillir ou qui ont été publiées, notamment à l’occasion du « procès des Barricades », j’ai été amené à discerner certains fils de la trame ou, tout au moins, à poser certaines questions. J’y reviendrai plus loin. Mais il faut bien comprendre que le 25 janvier, quand le Conseil des Ministres se réunit, à quinze heures, à l’Elysée, je ne savais des événements de la veille que ce que j’avais pu apprendre par la presse et la radio.

Il n’est pas sans intérêt d’observer que, nominalement Vice-Premier Ministre, je ne reçus de mon Chef de Gouvernement ni une note, ni un coup de téléphone, pendant toute la matinée du 25 et que j’arrivai à l’Elysée comme aurait pu le faire le premier passant interpellé faubourg Saint Honoré.

J’ignorais alors ce que j’ai su depuis – par un haut fonctionnaire dont le témoignage est à mes yeux indiscutable – c’est-à-dire que l’ordre de m’arrêter à la sortie du Conseil avait été donné avant la réunion. Entrant Ministre à l’Elysée, c’est en prisonnier que je devais quitter le palais présidentiel. Debré était-il au courant ? Fit-il semblant d’ignorer cette décision exorbitante ? Je ne le sais. L’ordre d’arrestation ne fut rapporté, semble-t-il, que quelques minutes avant la fin du Conseil. Peut-être l’idée de transformer l’Elysée en souricière et la réunion du Cabinet en guet-apens parut-elle un peu trop forte : on avait encore, en janvier 1960 quelques délicatesses bien dissipées aujourd’hui.

On se doute bien que l’atmosphère, au Conseil, était à couper au couteau. Tout le monde, De Gaulle le premier, se montrait tendu à l’extrême. L’épuisement et le désarroi se lisaient sur le visage de Michel Debré, l’inquiétude et le soupçon dans les yeux des ministres. Le Président de la République, d’une pâleur de marbre, dissimulait mal une fureur contenue. Au cours de la nuit précédente, vers deux heures et demi du matin, il avait prononcé à la radio un discours d’une extrême violence.

Il y stigmatisait « l’émeute » « mauvais coup porté à la France ». En même temps, par habile souci de tactique, il se disait décidé à « faire triompher en Algérie une solution qui soit la plus française ». Feignant de ne pas comprendre ce que voulaient les Algérois, il leur reprochait de « se dresser contre la patrie » alors qu’ils n’étaient dressés que contre sa politique : confusion entre la France et sa personne qui lui est devenue de plus en plus coutumière.

A l’ouverture de ce Conseil, le Président de la République donna d’abord la parole au Premier Ministre. Celui-ci raconta dans leurs grandes lignes les événements de la veille : manifestations dans l’après-midi du dimanche à Alger, à l’appel des organisations patriotiques et spécialement de Joseph Ortiz et Pierre Lagaillarde ; déroulement pacifique de cette manifestation encadrée par les Unités Territoriales (Les « U.T. » dont on a tellement parlé, commandées par Michel Sapin-Lignières) ; puis, vers dix-huit heures, la catastrophe provoquée, d’après lui, par « des coups de feu tirés des balcons ».

Il rendit compte que le Général Challe lui avait posé le problème en ces termes : si l’ordre était donné de réduire les insurgés par la force, il y aurait une terrible effusion de sang et quelle serait alors la conduite des troupes ? Enfin, il fit connaître son intention de se rendre à Alger dès le soir afin de voir personnellement les militaires et de démêler ce qu’il y avait derrière leur attitude empreinte d’hésitation.

Son exposé était, en somme, objectif et modéré ; le ton, l’accent, trahissait l’angoisse d’un homme dont il est impossible qu’il n’ait pas senti, à ce moment, vers quels abîmes il s’était laissé entraîner.

Chacun parla à son tour. Mises à part quelques interventions pâteuses dont il eût été difficile de définir exactement le sens, on peut dire que les Ministres se divisaient en trois tendances : les uns, comme Malraux, Buron, Sudreau, lançaient feu et flammes, exigeaient une répression immédiate et brutale, la dissolution des U.T., l’arrestation de tous les leaders de tendance « Algérie française » ; d’autres, comme Cornut Gentille et moi même, s’opposaient au déclenchement d’une répression sanglante contre des Français qui voulaient seulement demeurer français ; d’autres encore suspendaient leur jugement et faisaient confiance au Premier Ministre pour rapporter de son séjour à Alger des informations et des propositions plus précises.

L’œil sombre, le cheveu en bataille, Malraux fulminait : « Il ne faut surtout pas causer avec les insurgés, donner l’impression qu’on veut pactiser. Il faut mettre fin immédiatement au soulèvement. A qui fera-t-on croire qu’il n’y a pas, en Algérie, quatre mille hommes avec des blindés pour écraser le réduit ? ».

C’est alors que je lui lançai : « Puisque nous avons une bombe atomique toute prête, pourquoi ne pas la faire exploser à Alger plutôt qu’à Reggane ? ». Sarcasme qui parut médiocrement goûté par l’assistance, surtout et notamment, par le Président.

Buron, avec des airs de Saint-Just barbu, s’en prenait plus particulièrement aux Unités Territoriales : il fallait les dissoudre sans plus tarder, investir les Facultés, donner l’assaut aux insurgés. Il se déclarait opposé au voyage du Premier Ministre car, disait-il, le Gouvernement ne devrait même pas avoir l’air de se prêter à une conversation avec « ces rebelles ».

Sudreau, froidement, énergiquement, dénonçait la « scandaleuse passivité » du Général Challe et de Delouvrier. Selon lui la solution consistait, on ne savait pas pourquoi, à mettre en prison Alain de Sérigny.

Michelet répétait : « Le Gouvernement doit se montrer ferme. Il ne doit pas négocier. »

Il est frappant d’observer  que toute cette aile du Conseil se montrait – et avec quel mordant ! – favorable à l’emploi contre les patriotes français d’une manière forte qu’elle se refusait à mettre en œuvre contre les fellaghas ! On sentait déjà que, pour certains, l’ennemi, ce n’était pas le F.L.N. antifrançais et meurtrier, mais le Français attaché à sa patrie et à son drapeau !

La position de Guillaumat était délicate. Ministre des Armées, il avait procédé, sans ménagement, à l’épuration inavouée qui avait, sous prétexte de mutations dans l’intérêt du service, écarté peu à peu d’Algérie les officiers du 13 mai. Il avait pris, dans les jours précédents, la responsabilité du limogeage de Massu. En même temps, il ne pouvait pas s’empêcher de sentir et de comprendre le dégoût et l’irritation de l’Armée .../...


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