La lettre de Véritas N° 189 - Dossier du mois

Projet5

 

« Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire… Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officier partisans, ambitieux et fanatiques… »

C’est en ces termes destinés à dégrader ses adversaires en disqualifiant leurs intentions en mentant une fois de plus que De Gaulle commentait, le 23 avril 1961, l’insurrection des généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller.

« Ce qui est vil n’a pas le pouvoir d’avilir, seul l’honneur peut infliger le déshonneur » écrivait Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-tombe.

En ce 23 avril 1961, de Gaulle s’était déjà engagé dans le chemin du déshonneur, ayant mûri, dans les sombres méandres de son esprit tortueux le dessein irrévocable – pour des raisons de  « politique planétaire » personnelle, (ce qui n’avait plus rien à voir avec l’avenir de l’Algérie) de renier tous ses engagements les plus solennels envers les populations qui, de toutes confessions, se réclamaient de la France.

Les conséquences qui en résulteraient, il les connaissait parfaitement bien puisqu’il avait proclamé, le 16 septembre 1959, dans son fameux discours sur l’autodétermination que : « La sécession entraînerait une misère épouvantable, un affreux chaos politique, l’égorgement généralisé… »

Et, à cette date, De Gaulle ne pouvait ignorer la profondeur de l’engagement d’une bonne partie des musulmans aux côtés de la France alors qu’il affirmait le 10 novembre 1958 : «  La rébellion parviendra-t-elle à empêcher les musulmans algériens de servir dans les Forces de l’Ordre françaises ? Voici quelques chiffres : en janvier 1957, il y avait comme effectifs musulmans dans nos forces 43.400 hommes tant appelés au titre du contingent qu’engagés volontaires ou supplétifs armés. Ce quadruplement des effectifs musulmans, va-t-il augmenter la proportion des désertions ? Pas du tout, bien au contraire. En1957, il y avait en moyenne, chaque mois, pour 1000 musulmans 4,5 déserteurs. Actuellement, chaque mois, pour 1000, il y en a 1,4. ».

Comment concilier sans déshonneur une politique d’engagements aussi solennels envers une communauté musulmane qui, avec les familles, représentait plus d’un million de personnes, avec le dégagement brutal d’Évian où tous ces hommes, ces femmes et ces enfants vont être livrés à un abominable massacre perpétré par les ennemis de la veille ?

En quittant l’Indochine, le Général Salan avait dit : « Plus jamais ça ! ».

Aussi, lorsqu’ils comprirent que la politique suivie par De Gaulle allait finalement aboutir au renouvellement amplifié de drames déjà vécus au Tonkin en 1954 : massacres des communautés catholiques, exode massif vers le Sud Vietnam dans des conditions épouvantables.

Une poignée d’hommes d’honneur, courageux se sont dressés contre cette trahison, infamante pour la France, afin de trouver une solution humaine pour la survie des populations, extrêmement nombreuses, qui voulaient rester françaises.

C’est ainsi que dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, répondant à l’appel du Général Challe, le Commandant Hélie de Saint Marc, à la tête du 1er REP, est devenu l’un de ceux qu’on a appelés « les soldats perdus ».

On connaît l’échec rapide et total de cette insurrection. La radio, aux mains du Pouvoir, dissimule aux jeunes appelés le malheur qui va s’abattre bientôt sur le pays, et les concours promis par la majorité des cadres – hostiles à la folle politique officielle – se dérobent au dernier moment.

« Je ne savais pas qu’il y avait tant de salauds dans l’Armée française ! » s’exclamera le Général Challe, résumant ainsi parfaitement l'état d'esprit des cadres supérieurs... Lorsque tout espoir s’effondre, les Généraux Challe et Zeller et le Commandant de Saint Marc acceptent de répondre de leurs actes devant la justice tandis que les Généraux Salan et Jouhaud estiment de leur devoir d’hommes d’honneur et d’officiers de poursuivre la lutte dans la clandestinité.

Le 5 juin 1961, lors du procès du Commandant Hélie Denoix de Saint Marc, devant un tribunal d’exception, le Ministre de la Justice Edmond Michelet, irréductible distributeur d’une aveugle charité de gauche, en même temps qu’il donne une absolution générale à toutes les atrocités inhumaines commises par le F.L.N, passées, présentes et à venir, s’abaisse jusqu’à écrire au Procureur, en violation du principe de la séparation des pouvoirs, une lettre secrète (divulguée longtemps après) pour que la peine capitale soit requise contre les soldats perdus, tandis qu’en bon Tartuffe, il fait savoir à l’accusé que le tribunal se montrera indulgent à son égard s’il renie ses actes, agissant selon le pire des moyens de pression employés dans les procès politiques des républiques populaires.

La noblesse et la hauteur du refus sera à la mesure de la bassesse du « grand humaniste chrétien » et, des années plus tard, le Commandant Denoix de Saint Marc épinglera, de la même manière, un de ses anciens juges qui lui rappelait que son intransigeance avait beaucoup gêné le tribunal dans son désir de clémence : « J’avais trop vécu d’abandons pour revenir en arrière… Ce ne sont pas nos gestes qui nous sanctifient, c’est nous qui sanctifions nos gestes ! ».

Le Général Ingold, Grand Chancelier de l’Ordre de la Libération, démissionnera du tribunal et de son poste de Grand Chancelier, en signe de protestation. Le tribunal, par égard pour la vraie justice – cette fugitive du camp des vainqueurs – refusera la requête ministérielle et limitera la condamnation à dix ans de réclusion.

Après 2.120 jours d’emprisonnement, à Clairvaux puis à Tulle, le Commandant Denoix de Saint Marc sera gracié – mais non encore amnistié - en décembre 1966.

Dans les quelques 900 pages de ses « Mémoires d’Espoir » écrites en 1970, De Gaulle accablera de sarcasmes et de termes insultants tous les soldats perdus qui ont préféré l’honneur au parjure, mais il n’aura pas un seul mot pour évoquer ni le génocide de centaines de milliers de Français-musulmans, ni les massacres de milliers de ressortissants français à Oran, ni les enlèvements, ni les disparitions de dizaines de milliers de Français en Algérie.

Jusqu’à sa mort, De Gaulle niera et escamotera, contre toute évidence, la réalité de ces drames, compromettant ainsi, pour la postérité, la crédibilité de ses propres écrits.

N’avait-il pas déjà proclamé publiquement, en 1964, que « l’affaire d’Algérie s’était, finalement, déroulée sans heurt, sans drame et sans douleur» et l’opinion métropolitaine chloroformée n’avait pas réagi devant l’énormité de cette imposture, qui prenait la dimension d’un mensonge messianique (symptôme frisant la pathologie mentale).

Après De Gaulle, les historiens gaullistes continuèrent à passer sous silence la réalité de ces drames, cultivant, dans leur mauvaise conscience, le péché par omission, avec la complicité de tous les médias officiels.

« Le mensonge écrit avec l’encre ne peut obscurcir la vérité écrite avec le sang. » affirmait un dissident chinois. En 1998, Pierre Messmer, bourrelé de remords sans doute à la fin de sa vie, passe brusquement à quelques timides aveux dans son livre « Les blancs s’en vont. » mais avec quel piteux embarras !

Il se reproche de ne pas avoir été voir le « Général » pour lui demander une déclaration dénonçant les exécutions commises par le F.L.N. et exigeant leur arrêt : «  L’honneur eût été sauf… » (Commentaire de Peyrefitte dans le Figaro du 28.09.98).

De la part d’un baron gaulliste, quel début de réhabilitation de ces soldats perdus qui ont tout sacrifié pour S’OPPOSER AU DÉSHONNEUR DE LA CRIMINELLE CAPITULATION D’ÉVIAN.

Dans son très beau livre, « Les sentinelles du soir » paru en septembre 1999 et faisant suite au précédent « Les champs de braise » paru en 1995, Hélie Denoix de Saint Marc relate les épisodes mouvementés de 40 années au service de la France. Années de ferveur, le plus souvent, par amour du métier des armes, mais souvent de la souffrance, autant morale que physique, atteignant parfois «  le fond de la misère et de l’humiliation ».

Entré dans la Résistance à l’âge de 19 ans, il sera déporté à Buchenwald en septembre 1943, puis au terrible tunnel de Langenstein d’où bien peu. sont revenus. Libéré par les Américains en avril 1945, Hélie de Saint Marc décrit en termes émouvants son très lent retour à la vie : « Si j’ai pu, malgré le cauchemar vécu, renouer avec la vie, c’est grâce à mon enfance… J’y cherchais les traces anciennes du bonheur pour y poser mes pas. ». Miracle d’une enfance heureuse, dont le rayonnement sur toute une vie est décrit avec beaucoup de sensibilité.

Après Saint Cyr, Hélie Denoix de Saint Marc choisit la Légion et épousa sa devise «  Honneur et fidélité » un programme qu’il respectera toute sa vie. Puis c’est l’Indochine où trois séjours de 1948 à 1954 vont être une lourde épreuve pour son endurance physique et sa résistance morale, dans une guerre d’embuscades, de danger permanent, totalement méconnue par l’opinion publique française. (Déjà !)

Mais toutes ces épreuves sont illuminées par la richesse des liens d’amitié et de fidélité des partisans, amis de la France, ceux du peuple Tho de la Haute Région, au poste de Talung, dans un décor grandiose où l’auteur a laissé un peu de son âme. Hélie de Saint Marc raconte l’évacuation de Talung par l’Armée française : « Ces colonnes honteuses de camions qui s’enfuyaient dans la poussière, laissant derrière eux des centaines de villageois en pleurs, promis aux représailles du Vietminh…Sachez-le, ce fut un crime ! » (Déjà !)

L’auteur évoque aussi, avec une grande délicatesse, l’estime qu’il portait à «  Monsieur Pham », ce lettré ami de la France qui disparut à Hué, dans un des terribles camps de rééducation de Ho Chi Min : « pauvre épave semblable à cette branche cassée que le courant emporte avec les débris de la lune. » (Expression du poète On Nhu Hau)

Le soldat, qui a combattu de façon ininterrompue pendant 20 ans, prend du recul pour porter, sur le métier des armes, un jugement éthique qui atteint une dimension spirituelle : « J’ai souvent eu l’impression que le courage du soldat est l’autre nom de la foi, c’est une forme d’espérance… La guerre m’a appris l’énigme du destin, une fraction de seconde nous sépare de la mort, on ne crée pas sa vie, on la reçoit et on la donne. »

Nous retrouvons là le style de Vigny lorsqu’il célèbre la noblesse du soldat : « Seul, le vrai soldat respecte la personne humaine car c’est celui qui, affrontant la mort, donne à la vie de son adversaire le prix qu’il accorde à la sienne ; » C’est à la Légion, qu’Hélie de Saint Marc a trouvé son accomplissement de soldat et de chef : « ce corps d’élite porte en lui une mystique où, cependant, le pire et le meilleur se côtoient. Je sais leur mystère et ce miracle qui, de cet étrange ensemble, fera jaillir une formidable passion. ». Le chef est celui à qui chaque homme confie sa vie et lui, en échange, il leur donne sa parole. L’estime de ses hommes, c’est le seul trésor sur lequel le chef doit veiller constamment.

Comment, en marge de ce livre, ne pas songer au drame de ces officiers, formés à cette école et qui, en Algérie, durent obéir aux ordres criminels de désarmer leurs soldats musulmans et de les abandonner à la vengeance de l’ennemi combattu la veille par l’Armée française ?

Combien est émouvant le chapitre intitulé « L’ami Pied Noir » qui représente cette communauté pour laquelle le Commandant Hélie de Saint Marc et ses compagnons ont sacrifié leurs carrières et leur liberté. L’homme dont il est question dans ce chapitre avait quinze ans au moment de l’exode, en 1962. Il a conservé d’impérissables souvenirs et relate sa tentative de retour dans sa ville natale, en Algérie. Il est bien accueilli par les Algériens qu’il avait connus mais dans quel état se trouve le pays ! « Tout le monde a peur… peur du frère…. Peur du voisin… C’est une tragédie ! Partout règnent le marasme et le chaos. Il n’y a plus rien. Les entrepôts sont en ruine. La route est lépreuse. Les étages des immeubles béants. Il n’y a plus que des friches, des amoncellements de ferraille. C’est atroce ! Les cimetières chrétiens sont saccagés… Les croix abattues, brisées… Cette terre, nous l’avons fécondée depuis trois générations de ma famille… Ils détruiront tout ! ».

La prophétie biblique de Jérémie «  Ils détruiront tout ! » est rejointe par une autre, contemporaine et redoutable pour celui qui l’a proférée car celui-là ne peut être pardonné car il savait ce qu’il faisait-. Rappelons cetteprédiction : «  La sécession entraînerait une misère épouvantable, un affreux chaos politique, l’égorgement généralisé… ».

« Pourquoi – demande le Pied Noir – Pourquoi ce naufrage ? ». Cette question, viendra bientôt le jour où l’Histoire la posera : Qui a commis le crime de livrer ce pays magnifique, promis a un développement économique et humain exceptionnel, à l’autodestruction, au fanatisme et à la barbarie ?

On aime la sincérité avec laquelle Hélie de Saint Marc, ennemi des certitudes, s’interroge à la fin de son livre : « Ai-je été toujours fidèle ? Ai-je toujours agi selon l’honneur ? J’ai essayé, sans jamais y parvenir entièrement, d’être digne des autres et de la vie. ». Témoin inlassable des années cruelles, le Commandant de Saint Marc nous apporte aussi le témoignage de ces hommes qui ont emporté avec eux ce qui fut leur raison d’être : la fidélité à leur sol natal, la fidélité à la parole donnée.

« Qui répondrait, en ce monde, à la terrible obstination du crime, si ce n’est l’obstination du témoignage ? (Albert Camus)

                                                                        

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