La lettre de Véritas N° 194 - Extrait de la page 14/15/16 et 17

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« Ce tabou-là n’est pas prêt d’être levé. Cent mille personnes sont mortes par notre faute. Un massacre honteux pour la France comme pour l’Algérie. Le déshonneur est trop lourd à porter. » Ainsi s’exprimait Jean Lacouture dans Télérama.

 Cet extraordinaire revirement d’un journaliste et historien de gauche qui, en 1962, mettait en doute la réalité du drame et en minimisait la portée et qui, dans sa monumentale biographie sur « De Gaulle » en 1985, restait encore dans le doute, fut un stade important dans la révélation de la vérité, une de celles que les gaullistes ont occultées avec le plus d’acharnement depuis 1962, complices en cela avec le Gouvernement algérien qui, lui, n’a toujours rien avoué…Il est vrai qu’en matière de massacres, l’Algérie née à Évian a tellement banalisé ce genre d’événements…

Eh ! bien, nous pensons, au contraire, qu’il est temps de lever ce tabou, cet interdit qui empoisonne la conscience nationale, un peu plus chaque jour, malgré le silence de ces nouveaux directeurs de conscience que sont les médias.

Ce drame épouvantable a un responsable, un seul, celui qui prit l’affaire algérienne à bras le corps en 1958 et, muni d’un pouvoir absolu, la conduisit, à travers les méandres d’une dialectique inextricable à retournements continus, à l’abandon total et à l’élimination, souvent brutale et toujours barbare, de tous les nationaux français, de toutes confessions, qui, dans ce pays d’Algérie, se réclamaient de la France.

L’engagement personnel de Charles De Gaulle envers les musulmans qui, en grande quantité, avaient choisi la France le 28 septembre 1958 : « Trois millions et demi de femmes et d’hommes sont venus apporter à la France et à moi-même le bulletin de leur confiance. » (03.10.58) sera suivi pendant trois ans – en dégradation savante – de la confirmation que c’est grâce à lui que les musulmans se sont engagés ainsi, en masse dans l’Armée française.

Le 10 novembre 1959, De Gaulle constate « le quadruplement des effectifs musulmans » et s’en félicite, d’autant que leurs désertions ont considérablement chuté « de 4,5 pour mille à 1,4 pour mille » précise avec satisfaction le Chef de l’État observant en outre que « les ralliements des ex-combattants du F.L.N. à l’Armée française ont doublé, etc… ». Tous les engagés et les ralliés à l’Armée française sont menacés de mort par le F.L.N., cela De Gaulle le sait bien mais il en célèbre d’autant plus la ferveur !

Le 15 décembre 1959, devant la XIVème Assemblée Plénière de l’O.N.U., De Gaulle fait lire par Couve de Murville une longue déclaration dans laquelle il affirme : « La grande masse des Algériens a marqué qu’ils entendaient que leur avenir se fasse avec la France et, pourquoi ne pas le dire, qu’ils faisaient confiance à cette fin au général De Gaulle. ».

Le 5 septembre 1960, De Gaulle avait déclaré à la télévision : « La quasi -totalité des communes algériennes ont élu leurs Conseils Municipaux et leurs Maires, en grande majorité musulmans. Les Conseils Généraux ont tous pour Présidents des personnalités musulmanes. ». Tous ces musulmans qui œuvraient officiellement pour la France qu’ils avaient choisie risquaient aussi d’être mis à mort par le F.L.N. qui avait précisé que toute collaboration avec l’Administration française serait punie de mort.

Le 20 décembre 1960, De Gaulle va jusqu’à chiffrer, pour s’en féliciter, l’importance de cet engagement : « Deux cent cinquante mille musulmans servent dans l’Administration, la Justice, l’Enseignement, l’Armée… » Ainsi, aucun Chef de l’État ne s’était encore impliqué personnellement, de façon aussi totale, envers les musulmans qui, parce qu’ils ont confiance en De Gaulle, passent outre aux menaces du F.L.N. contre leurs vies, leurs familles, leurs biens…. Ah ! s’ils avaient pu se douter de la suite des événements !…

Lorsque, par un revirement à 180 degrés, De Gaulle change de politique en Algérie pour des raisons de «stratégie planétaire »,  il va user de toutes les promesses les moins ambiguës pour rassurer cette communauté musulmane qui, en grande majorité, a délibérément choisi la cause de la France contre le F.L.N.

Le 11 avril 1961, le vent a tourné complètement et c’est la sécession probable. De Gaulle avait tellement condamné cette éventualité, « La sécession serait une misère épouvantable, un affreux chaos politique, l’égorgement généralisé… » (16.09.59) qu’il veut, maintenant rassurer  « Nous inviterons à quitter les territoires intéressés, ceux de nos nationaux qui courront vraiment trop de risques…Dans cette hypothèse, nous tirerons les conséquences de la volonté d’appartenir à la France qu’exprimeront probablement certaines populations. Nous aurons, d’abord, à les regrouper en assurant leur protection. »

Ces mêmes assurances formelles seront confirmées le 8 mai 1961 : « La France ne saurait abandonner ses propres enfants. Elle a, de toutes manières, les moyens de les protéger et elle regrouperait ceux des Algériens qui voudraient rester Français. » Puis renouvelées le 7 juillet 1961 : «  Il faudra à la France regrouper dans telle ou telle zone, afin de les protéger, ceux des habitants de l’Algérie qui se refuseraient à faire partie d’un Etat voué au chaos. ».

Enfin, ultime et dernière promesse de protection de la part de la France, De Gaulle s’engage, le 5 septembre 1961 : «  En cas d’abandon, nous serions amenés à regrouper dans une région déterminée les Algériens de souche européenne et ceux des musulmans qui voudraient rester avec la France. » Et, après cela, vis-à-vis de cette communauté musulmane d’option française, bien qu’il connaisse son importance au point de retirer du prétendu choix offert cette francisation souhaitée par eux tous, c’est le silence définitif.

À Évian, il n’y aura pas un alinéa, pas une phrase, pas un mot qui évoque même leur existence. À Évian, l’Algérie toute entière et les 200.000 soldats musulmans qui se trouvent sous les drapeaux français sont ignorés comme si la minorité F.L.N. représentait seule le pays ! Et c’est ce même F.L.N. qui, dans une ultime exigence, après avoir rejeté tout référendum d’autodétermination, refuse tout regroupement de musulmans francophiles, toute évacuation massive de ces derniers vers la Métropole.

De Gaulle, non seulement a fait abstraction de tous les mouvements politiques algériens autres que le F.L.N., mais il a aussi  exclu tous les notables, tous les élus musulmans, à quelque niveau qu’ils soient, des négociations d’Évian. Il a agi exactement comme si ces gens-là n’existaient pas, comme s’il rayait brusquement de la carte des populations entières.

Mais il y a pire. Sous la pression du F.L.N., la France gaulliste a refusé d’accueillir sur son territoire ses propres soldats, ceux qu’elle a recrutés pour sa défense et qu’elle a abandonnés tout en sachant bien qu’elle les condamne à la mort dans les supplices les plus abominables ainsi que les nouveaux maîtres de l’Algérie l’ont promis, donnant avant cet abandon des preuves de leur horrifiante cruauté : notables ou soldats musulmans mutilés du nez, des oreilles et des lèvres et renvoyés dans leurs douars ou dans leurs familles pour l’exemple.

« Alors – écrit le Colonel Abd-el-Aziz Méliani – toutes les conditions sont réunies pour faire subir aux musulmans francophiles l’un des massacres les plus effroyables du siècle » (Le drame des Harkis – La France honteuse – France-Empire –1993)

  • Les victimes: Tous les musulmans qui, répondant à l’appel de Charles De Gaulle, se sont engagés avec la France : élus, notables, maires, cadres administratifs, gardes champêtres, moghaznis, combattants de toutes sortes, engagés, autodéfense, supplétifs Harkis. Qui sont-ils, ces Harkis ? « Ils sont nés des excès abominables du F.L.N. : Ils sont les fils de ces villages incendiés, les époux de ces femmes violées, les pères et les frères de ces enfants égorgés, ils se sont, eux-mêmes, organisés en autodéfense avec les armes que leur donne l’Armée Française. » note Pierre Breteille, Président de la Commission de sauvegarde en 1962. Les femmes, les enfants, les nourrissons en allaitement, les vieillards, ne sont pas épargnés. Des familles entières sont exterminées.
  • Les méthodes : L’Armée française désarme ceux qu’elle a armés. Elle refuse les rapatriements : « les Harkis des ASA de Beni Béchir, près de Philippeville, qui avaient trouvé refuge sur un navire français en partance pour la Métropole seront ramenés à terre et immédiatement massacrés.» (Pierre Montagnon – La France coloniale Editions Pygmalion – page 444). Encore un autre témoignage ? : « quatre listes de musulmans français sont établies par le F.L.N. local. Le premier groupe sera traité au courant électrique, le deuxième concerne les tortures spéciales, le troisième est pour la pendaison, le quatrième rassemble une vingtaine d’hommes qui seront brûlés vifs. » Colonel Moinet – Ahmed , connais pas – Lettres du Monde – 1980)

Ces milliers de musulmans, parce qu’ils avaient cru en De Gaulle, vont être traînés sur les chantiers de l’épouvante : « On les poussait sur les anciens barrages où des milliers de mines restaient enterrées. Les captifs devaient gratter le sol de leurs mains pour en retirer les mines. Ils fouillaient de leurs doigts, essayaient de déterrer les mines, sautaient le plus souvent, déchiquetés par l’explosion. On les laissait agoniser. Leurs cris de douleur accueillaient les contingents de condamnés que les camions amenaient, inlassablement sur ce chantier de l’épouvante. » (Jean Brune – Interdit aux chiens et aux Français – Éditions Atlantis – 1998)

« Les supplices précédant la mort n’ont pour limite que l’imagination des tortionnaires. Ici, on ampute une jambe, on l’enduit de miel et on la livre aux abeilles. Là, on fait boire de l’essence et on y met le feu. Ailleurs, on dépèce à la tenaille, on arrache les yeux. Partout on humilie, on torture, on tue à petit feu…Des hommes sont obligés d’assister au viol collectif de leurs femmes et de leurs enfants, d’autres sont habillés en femme avant d’être émasculés. Tous sont, ensuite, tués à coups de bâton ou de pioche, pour finir égorgés ou brûlés. » (Mohand Hamoumou – Et ils sont devenus Harkis – Fayard – 1993)

Combien d’autres auteurs, combien d’autres récits, ont rapporté des faits aussi atroces, difficilement croyables et pourtant bien réels ! (Les Harkis au service de la France – Bachaga Boualam – France-Empire –1963, Le chagrin sans pitié – Amhed Kaberseli, Le livre des Harkis – Coll et Titraoui, et tant d’autres sur lesquels la nouvelle intelligentsia française, prompte à s’émouvoir bien souvent pour pas grand-chose, est restée de marbre.

La pire, peut-être, de toutes les infamies est celle qui concerne les combattants du F.L.N. qui ont déposé les armes et se sont ralliés à la France. Le célèbre commando Georges, par exemple, est désarmé sur ordre et abandonné au F.L.N. On imagine sans peine comment celui-ci va exercer sa vengeance !

Et le pire des déshonneurs est pour l’Armée française. Celle qui est encore sur place et qui le restera jusqu’en 1964. Elle a les moyens de défendre ses anciens soldats. Elle obéit aux ordres criminels qui l’empêchent de le faire !

« Les militaires français entendent les cris des suppliciés contre les murs de leurs casernes, provocation du F.L.N. et ils n’interviendront pas… » (Mohand Hamoumou O.C.)

Quelle fut l’attitude des gaullistes pendant ce drame ? Ils commenceront par tout nier, pendant des années, puis ils chicanèrent sur l’atroce comptabilité mortuaire… « Seulement 5.000 morts » dira piteusement le Colonel Buis, un des principaux exécutants de l’ordre criminel de refouler les musulmans qui demandaient asile.

Le service Historique des Armées, dans une note au Ministre de la Défense datant du 21 avril 1977, reconnaîtra sur un effectif de 200.000 Harkis et Moghaznis incorporés dans l’Armée française en Algérie puis abandonnés à l’ennemi : environ 2.500 (DEUX MILLE CINQ CENTS) supplétifs emprisonnés par le F.L.N. après l’indépendance de l’Algérie et environ 150.000 (CENT CINQUANTE MILLE) supplétifs disparus ou exécutés par le F.L.N.

« Ce sont des citoyens français à part entière » affirmait De Gaulle ! Messmer se couvrira de honte et de ridicule en affirmant que De Gaulle et lui-même n’avaient jamais donné aux officiers français l’ordre de promettre que la France resterait aux quelques 200.000 combattants musulmans de l’Armée française. VERITAS a publié une photo du Ministre des Armées distribuant lui-même un fusil à un Harki. On l’imagine mal lui soufflant à l’oreille : « Mais tu sais, Mohamed, demain on te quitte et on t’abandonne à l’ennemi. »…

Et puisque nous évoquons ici le nouvel homme vert (académicien) dont s’enorgueillit la France, il nous paraît opportun de citer ici quelques paragraphes de sa lettre N° 195886 MA CC/ du 19 juillet 1962 adressée au Ministre d’État Louis Joxe, alors qu’il n’est un secret pour personne, les grands médias s’en étant fait le faible écho, que les massacres organisés ont débuté, dans toute l’Algérie, à partir du 5 juillet :

« Les moyens mis en œuvre, tant au point de vue du personnel que des locaux et du matériel représentent pour les Armées une somme de charges et d’efforts considérables qu’il est malaisé de maintenir et qu’il ne peut être question d’accroître. L’Armée est ainsi arrivée à la limite du concours qu’elle peut accorder et  si de nouveaux supplétifs devaient arriver en Métropole, elle ne serait plus en mesure d’en assurer l’accueil, même à titre provisoire.

Il semble, d’ailleurs, que les intéressés, ayant eu le temps et la possibilité d’apprécier les conditions de leur reconversion en Algérie, les options pour la Métropole qui pourraient, aujourd’hui se manifester, ne devraient être le fait que de quelques rares individus, pourvu que soit  vérifiée soigneusement la justification du départ sollicité et que soient déjouées toutes manœuvres inconscientes ou mal intentionnées pour maintenir le courant des départs. »

A la lecture de ce texte, il semblerait qu’il n’y ait plus aucun doute sur l’origine du « crève-cœur » de Monsieur Messmer. Elle doit s’appeler remords.

A côté de ces personnages médiocres, comme on est heureux de voir laver l’honneur de l’Armée française par des hommes tels que Hélie Denoix de Saint Marc qui, de sa prison, écrivait à ses parents : «  Je n’ai pas voulu mentir… Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, en partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes…Tous ceux qui avaient choisi la France à cause de nous et qui risquaient, chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse… Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tant de villages et de mechtas d’Algérie. : « L’Armée française nous protégera, l’Armée française restera ». Nous pensions à notre honneur perdu. (cité par Abd el Aziz Méliani O.C.)

Lorsque, dans ses Mémoires d’Espoir (Plon 1970) où il relate minutieusement – à sa manière, toujours la même – les péripéties du drame algérien de 1958 à 1962, Charles De Gaulle fait l’impasse totale sur les interminables massacres de la communauté française musulmane. Pourtant 150.000 victimes ne pouvaient pas passer inaperçues. C’était plus qu’un massacre, plus qu’un pogrom, un véritable génocide !

Eh ! bien ! Dans les Mémoires de De Gaulle, pas un alinéa, pas une phrase, pas un mot n’y fait allusion !

N’apporte-t-il pas, par ce silence, la preuve formelle d’une culpabilité personnelle directe, donc totalement inavouable ? Après avoir attiré cette communauté afin de recueillir ses suffrages, en lui affirmant : «  venez à la France, elle ne vous trahira pas. » et l’avoir ensuite rejetée, puis ignorée lors des « accords d’Évian » puis laissé massacrée tout au long de cette année 1962, il ne s’est pas seulement déshonoré vis-à-vis d’un nombre croissant de ses propres concitoyens, mais il a déshonoré la France et l’Armée française aux yeux du monde musulman.

Non content de ce péché par omission, De Gaulle, terminant dans ses « Mémoires » sa relation très spéciale des événements de cette année 1962, qui fut un cauchemar pour plus de DEUX MILLIONS de citoyens français de toutes confessions, écrit : « L’année 1962 vit le renouveau de la France ».

L’impudence d’une telle contrevérité, écrite huit ans après le drame, donc en toute connaissance de cause, disqualifie la valeur historique de ces prétendus mémoires.

Et, par effet de ricochet, elle disqualifie aussi la valeur des écrits des historiens gaullistes qui viendront pieusement s’y référer.

La biographie grotesque écrite par Max Gallo en est l’illustration la plus récente : le sous-titre devrait en être « Comment falsifier l’Histoire ».

Le terme de génocide dont on a abusé si souvent, convient ici parfaitement : tentative d’élimination par la violence d’une communauté humaine définie et circonscrite par ses caractères ethniques, religieux et géographiques.

 « Les vérités que l’on tait, trop longtemps, deviennent vénéneuses » affirmait déjà Friedrich Nietzsche. Que les complices en prennent garde !

 

VERITAS

 

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De gaulle et les harkis

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